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Alexandra Mac Kargan
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Sous le masque - Partie 4

13 - TWIST

— Pardon ? Que voulez-vous dire ?

C’est pourtant clair, non ? Son visage s’est fermé d’un coup. Il paraît anxieux. Je retiens un soupir :

— La route est dégagée. Ma présence n’est plus nécessaire. Il est temps que je parte.

— Mais pas du tout ! J’ai plus que jamais besoin de vous.

Il semble paniqué. Ses mains sont croisées dans son dos, ses yeux ne me quittent pas. Comme s’il essayait d’exprimer quelque chose sans y parvenir.

— Pour être honnête, je ne comprends pas ce qui vous bouleverse à ce point. Mon travail ici est terminé, Guillaume. Vous le savez.

Je reporte mon regard sur la montagne. La clarté de la lune et l’absence de nuages lui permettent de se découper en ombre chinoise sur le ciel étoilé. Tout le reste n’est que ténèbres.

— Adèle… Vous chamboulez tous mes repères. Cette attirance que j’éprouve pour vous est unique. Jamais de ma vie…

— Stop ! Votre destin a été bouleversé, certes. Mais moi je ne suis que votre infirmière. Si attirance il y a, cela ne peut être que du désir lié à votre abstinence forcée. Ou le besoin de vous rassurer. Pardon, mais je ne suis pas un emplâtre.

Entre tristesse et colère, je quitte la fenêtre pour regagner ma chambre. J’ai trop tardé à partir, j’aurais voulu m’éviter cette scène. Elle était inéluctable, vu les circonstances. Heureusement que je suis lucide ! Il n’empêche que ça fait mal. Et je me sens stupide aussi : pourquoi ne pas profiter de cette opportunité ? Un mec comme lui… Tu le désires également, Adèle, ne te voile pas la face ! Oui mais non… Perdue dans mes pensées, je me stoppe brutalement en découvrant qu’il m’a devancé et qu’il bloque l’accès à la partie nuit !

— Adèle, si vous voulez m’abandonner, il va falloir me passer sur le corps !

Quel idiot ! Je ne peux m’empêcher de sourire. Rassuré par ma réaction, il enchaîne :

— J’ai besoin de comprendre, vous allez devoir être honnête. Parce que moi j’avais l’impression que je vous plaisais aussi. Je ne m’attendais pas à une telle douche froide, je l’avoue. M’avez-vous menti, Adèle ? Suis-je si repoussant que vous ne pouvez envisager de céder à votre désir ?

Interloquée, je ne sais comment lui répondre. Comment garder ma ligne de conduite sans le blesser et sans qu’il perde confiance en sa nouvelle apparence ? Tandis que mon cerveau évalue les diverses possibilités, ma main s’élève jusqu’à sa joue et se pose sur ses cicatrices. Ses iris se sont assombris et il s’est figé. Ses lèvres entrouvertes attirent mon regard… puis ma bouche. Je les effleure à peine. Il a cessé de respirer. Je craignais qu’il ne profite de la situation mais il se contente de caler son front contre le mien. Je ne sais comment me sortir de cette situation embarrassante. Ou plutôt, je n’en ai aucune envie. Nos corps se rapprochent lentement. Il pose ses mains sur mes hanches, comme s’il avait peur que je m’éloigne. Je m’enivre du parfum de sa peau, de sa chaleur. Sa retenue et sa douceur désarment mon cerveau. Et mon corps finit par prendre le contrôle ! Je m’empare de sa bouche avec gourmandise, il me répond avec une ardeur insoupçonnée. Ses mains caressent mon dos en n’osant passer sous mon pull, les miennes agrippent sa nuque pour approfondir ce premier vrai baiser. Il déclenche en moi une tornade de sensations. J’ai chaud, je frissonne, je suffoque, je me délecte du goût de sa langue. Avide de sentir son corps ferme et tonique contre moi, je le plaque contre le mur du couloir. Son désir est évident. Pourtant, il me laisse l’initiative. Oups ! Cela n’a pas duré, je me retrouve à mon tour contre la paroi, les poignets scotchés de chaque côté de ma tête par une poigne de fer. Son regard est d’une intensité à couper le souffle ! Mon cœur s’affole tandis que ses lèvres couvrent mon visage de baisers d’une infinie douceur. Son murmure trahit son manque d’assurance :

— Tu es sûre ?

Aussi sûre que toutes les fibres de mon corps ! Ma réponse est sans équivoque :

— Chez moi ou chez toi ?

Avec un sourire carnassier, il m’entraîne vers ma chambre à la vitesse de la lumière. Une sourde appréhension m’étreint le cœur quand il actionne l’interrupteur. La pénombre du couloir me convenait bien. Pourtant, il éteint après un rapide coup d’œil. Je le sens hésitant et il ne tarde pas à s’exprimer :

— Je ne suis pas prêt à assumer mon corps dans ce genre de situation. Cela ne te dérange pas ?

L’ironie du sort ! D’habitude, c’est moi qui refuse la lumière…

— Un peu quand même parce que tu es beau comme un dieu grec. Mais je n’assume pas trop le mien non plus donc ça m’arrange, aussi.

Avec douceur, il décale une mèche de cheveux sur mon front :

— Tu es folle, tu es magnifique. J’adore tes courbes généreuses et il me tarde de les honorer de ma bouche, de mes doigts, de tout mon corps.

Ses mots me touchent, m’émeuvent au-delà de ce qu’il peut imaginer. En cet instant, j’ai terriblement envie d’y croire. Je cache mes sentiments dans un baiser torride tandis que mes mains s’affairent à le débarrasser de sa chemise. Il n’y a plus que lui et moi, deux âmes blessées en quête de lumière.

*

Une nuit de folie ! Guillaume est un amant insatiable et attentionné. Je me suis livrée comme avec aucun autre alors que je le connais à peine. Et pourtant, allongée tout contre lui, ce matin, je ne regrette rien. Rien d’autre que le caractère éphémère de cette relation. Nul doute qu’il aura retrouvé sa confiance et pourra reprendre une vie sociale normale dans quelques semaines. Je grimace. L’imaginer sur les tapis rouges avec des tailles mannequin à son bras me fait grincer des dents. Je ne me suis jamais fait d’illusions. Il n’empêche, ça fait mal ! Allez hop ! Pas de vague à l’âme. Tu savais ce que tu faisais : assume !

14 – DOUCHE FROIDE

Ma grande, haut les cœurs ! Il est temps de l’affronter. Qu’importe s’il a profité de ce que tu prennes ta douche pour fuir ta chambre. Les hommes ne sont pas doués pour les lendemains de nuits torrides à ce qu’il paraît. De toute façon, tout est clair dans ta tête : c’était aussi génial qu’éphémère ! Un beau fantasme comme tu n’aurais espéré en réaliser un jour… J’arrive dans la salle principale et mon cœur se serre malgré moi. Accepter de n’avoir été qu’une courte parenthèse dans son existence, c’est déjà dur. Mais imaginer qu’il va disparaître de ma vie encore plus vite qu’il y est entré… ça, c’est insupportable ! Surtout quand il accroche mon regard et que toute sa personne n’est que charme et séduction :

— Bonjour, ma chérie ! Pancakes ou œufs brouillés ? Ou les deux ? Moi, je meurs de faim !

Ma chérie ? Il en fait un peu trop là, non ? Je fronce les sourcils sans savoir quoi répondre. Heureusement, il a reporté son attention sur ses poêles ! J’ai le temps de me recomposer un visage :

— Bonjour, Guillaume ! J’avoue que mon estomac crie famine également !

Il a tiqué sur son prénom mais choisit de ne pas relever :

— Assieds-toi. Je te prépare un petit déjeuner dont tu me diras des nouvelles !

Perturbée par la tournure de la conversation, je m’exécute. Comment dois-je comprendre son attitude ? Se sent-il mal à l’aise ? Essaie-t-il de compenser sa fuite non annoncée ? Ce n’est pas comme si j’étais née de la dernière pluie quand même ! S’il a tout d’un prince charmant, je ne coche absolument pas les cases « princesse ».

— À quoi penses-tu, Adèle ?

Installé devant moi, son bol entre les mains, il attend ma réponse avec un sérieux qui m’interroge. Nous ne sommes plus des enfants, autant être franche. Cela lui évitera de s’imaginer qu’il doit me ménager. Tout en dégustant mes œufs, je m’efforce de prendre un air détaché :

— Tu es doué devant un fourneau, il n’y a pas de doute.

— Tu penses à ma cuisine ? Sérieusement ?

— Oui. Je songeais aussi à mon voyage de retour. À ne rien oublier.

Son teint subitement blême me stoppe dans mon élan. Avant que je puisse ajouter un mot, sa réplique amène un sourire sur mes lèvres :

— J’ai été si mauvais que ça ? Au point de me fuir ?

— Non. Tu as été parfait, monsieur le beau gosse ! Mais la situation n’a pas changé. Tu n’as plus besoin d’une infirmière, il est temps que je fasse mes bagages et que tu retrouves ta vie.

Bras croisés, mâchoires serrées, il reprend des couleurs. De mauvaises couleurs : celles de la colère ! Et je ne m’explique pas pourquoi. Il finit par lâcher :

— Tu n’as rien compris, Adèle !

— Qu’y a-t-il à comprendre ?

D’un bond, il est debout et sa chaise se fracasse contre le sol. Les poings serrés et croisés dans son dos, il marche précipitamment tout autour de la pièce, en évitant habilement les meubles en travers de son chemin. Alors qu’il passe à ma droite, je pose ma main sur son bras et l’arrête :

— Assieds-toi et explique-toi. Je ne suis pas devin.

Au lieu de regagner sa place, il tire une chaise près de moi et s’y installe d’un geste un peu brusque. Son regard cherche une réponse à je ne sais quelle interrogation dans le mien. Ne la trouvant visiblement pas, il se décide :

— D’accord. Je voulais qu’on prenne notre temps mais, manifestement, ce n’est pas ton cas. Alors, je vais être direct : il est hors de question que je te laisse sortir de ma vie comme ça.

Guillaume en psychopathe ? Cela devrait me terroriser mais je me contente de sourire :

— Tu as l’intention de me séquestrer ? Réellement ?

— Tu te moques de moi ! Mais je suis sérieux, Adèle ! Je n’envisage pas de te séquestrer, je souhaite qu’on vive ensemble, qu’on soit un couple.

Il m’inquiète tout d’un coup :

— Tu as de la fièvre ? Tu as mal quelque part ? Tu as fumé quelque chose que tu n’aurais pas dû ?

Il prend ma main dans la sienne et s’approche un peu plus :

— Je suis parfaitement lucide et je ne veux pas perdre la femme de ma vie.

J’ai l’impression de jouer dans un mauvais film de série B. Il me fait quoi là ?

— Enfin, Guillaume ! C’est moi, Adèle. Infirmière de son état et qui n’a rien à faire dans l’entourage d’un homme tel que toi. Tu trouveras une femme parfaite pour t’accompagner dans ta nouvelle vie, quoi que tu en fasses.

La colère a laissé place à un sourire… amoureux ? Sa voix laisse percer une douceur qui m’atteint en plein cœur. Il ne peut pas être sérieux, n’est-ce pas ?

— Tu es cette femme, Adèle, je le sais. Je veux qu’on visite le monde ensemble. Tous ces voyages qu’on n’a jamais pu faire. Je souhaite pouvoir t’aimer comme tu le mérites. Je pourrais te promettre tous les diamants de la terre, les plus belles maisons de l’univers mais je ne le ferai pas. Parce que je t’offre la seule chose qui compte pour toi : mon âme.

Une boule de feu vient d’exploser dans mon ventre. Elle envahit toutes mes veines, serre ma poitrine dans un étau d’émotions et m’amène au bord des larmes. Il m’a touchée en plein cœur, littéralement. Incapable d’articuler la moindre parole, je me contente de l’écouter :

— Je connais tes doutes. Tu connais les miens. Faisons-nous confiance. On a tout pour être heureux. D’un point de vue strictement terre à terre, on a les mêmes valeurs, les mêmes envies. On s’entend bien au quotidien. Et, ne le nie pas, il y a cette attirance qu’on a ressentie très vite. Tes regards, tes soupirs, je les ai accueillis avec bonheur. Ils ont allumé en moi, une étincelle d’espoir quand je me voyais vivre en reclus pour le reste de ma vie. Et…

Je l’interromps, il a mis le doigt sur le problème :

— Justement, tu auras bientôt l’embarras du choix. Nombre de filles, plus belles les unes que les autres vont te courir après. Se pâmer dans tes bras sur les tapis rouges du monde. Je…

Comment pourrais-je résister à ses lèvres sur les miennes ? Aux images de cette nuit, qui réchauffent fort inopportunément chaque centimètre de ma peau ? À l’envie de me blottir contre lui et à croire à ses beaux discours ? Notre baiser est incandescent, mélange de passion et de crainte d’être le dernier. Quand je m’éloigne de quelques centimètres, il pousse son avantage :

— Oseras-tu me dire que tu ne ressens rien pour moi ?

15 – SAUT DANS LE VIDE

Lèvres pincées, je peine à lui répondre. Dois-je couper court quitte à mentir ? Dois-je…

— Adèle, si mes cicatrices sont le problème, j’exige de le savoir. Maintenant. Inutile de me ménager.

Là, je n’ai pas d’hésitation :

— Non. Elles me rappellent à quel point tu es une belle personne. Capable de prendre ce coup du sort avec une force de caractère peu commune et sans aigreur, sans le faire payer à la terre entière. Ce n’est pas donné à tout le monde et j’admire ça chez toi. Cela me donne envie de te protéger en plus.

Perplexe, il ne lâche pas l’affaire :

— Alors quoi ? Je ne comprends pas.

La colère me submerge d’un coup. Je lui en veux de m’obliger à formuler ce qui est évident :

— Mais enfin, tu crois quoi ? Que je vais devenir une des filles collées à tes basques par miracle ? La taille mannequin, ce n’est pas moi et cela ne le sera jamais. Je ne supporterai pas la moquerie, voire la pitié, dans les yeux de tes fans. Ils finiront par me prendre en grippe et chaque blonde, pas trop mal foutue, dans ton sillage pensera qu’elle est l’élue ! Celle qui te délivrera de la méchante sorcière !

Je m’éloigne de lui et la fenêtre m’attire comme un aimant. Cette beauté, cette pureté, mettent du baume sur mon cœur. Suffisamment pour boire le calice jusqu’à la lie :

— Et par-dessus tout, ce que je ne supporterai pas, ce sera le regard que tu porteras sur moi alors. Quand tu te demanderas comment tu as pu tomber aussi bas…

La fin de ma phrase n’est qu’un murmure. Je lutte pour retenir mes pleurs et je sursaute quand ses bras m’entourent. D’un mouvement, j’essaie de me dégager mais il résiste et me serre encore plus fort. Les larmes me submergent. Je ferme les yeux. Plus rien d’autre n’existe que ses mains sur moi. Et sa voix :

— Je t’aime, Adèle. J’aime tout de toi. Tes courbes, ton sourire, ta force de caractère, tes valeurs. Et j’en oublie certainement sous le coup de l’émotion. Moi aussi, je veux te protéger. Et si cela te fait peur à ce point, je renoncerai à la célébrité. Je n’en ai pas besoin. Tu es la seule lumière qui manque à ma vie.

— Ce sont de belles paroles. Qui me touche vraiment. Mais un jour ou l’autre, tu auras envie d’y revenir. La photo, le cinéma, peu importe.

Je suis faible. Malgré moi, je me détends dans ses bras. Ses mots bercent mes illusions. Je lui fais face et capte son regard. Avec un sérieux confondant, il me pousse dans mes retranchements :

— Tu vas sacrifier notre bonheur pour une éventualité qui n’arrivera sans doute jamais ?

— Il est plus facile de renoncer à un bonheur qu’on n’a pas connu, qu’à celui qu’on a vécu. Et avancer avec une épée de Damoclès au-dessus de nous, ce sera au-dessus de mes forces. Je refuse de nous faire endurer ça.

Je cale ma tête contre son épaule pour un ultime moment de félicité, de sérénité loin des mesquineries du monde. Il ne dit rien. A-t-il compris ? Le cœur broyé, je pose un dernier baiser sur sa joue. Son souffle chaud se rapproche de mes lèvres et je ne résiste pas. Le désespoir chevillé à la partie la plus vulnérable de mon âme, mes sens exacerbés, son corps contre le mien, tout me pousse à satisfaire ce désir hors norme. Encore une fois, avant de me sacrifier pour son bonheur. Alors que je m’attaque à sa chemise, il emprisonne mes mains, doigts croisés, cramponnés les uns aux autres, comme une promesse d’avenir qui n’existe pas. Sa voix rauque me surprend :

— Pas si vite…

Il me lâche et s’éloigne d’un pas. Je me sens vide, abandonnée, moins que rien. Il reprend :

— Donc, si je comprends bien, tu as peur que je n’assume pas le regard des autres sur toi, sur notre couple ?

J’acquiesce en silence. Pourquoi remuer le couteau dans la plaie, au lieu de profiter de nos derniers instants d’intimité ?

— Je te prouve qu’il n’a pas d’importance pour moi et tu m’épouses ?

La stupeur me fait reculer, le dos contre la fenêtre. Je scrute son visage et il me paraît absolument sérieux. Il ne réalise pas que ce serait encore pire :

— Le mariage carrément… Tu viens d’ajouter la case vénale à la liste de mes tares.

Je devrais ressentir de la colère. Pourtant, une immense tendresse se fait jour à le voir se démener comme un beau diable pour s’accrocher à son rêve. J’aurais presque envie d’y croire. Avec douceur, et un peu d’espièglerie dans le regard, il reprend la main :

— D’accord, je renonce au mariage… pour l’instant. Donc on est en phase sur le reste ?

Je vois. Monsieur est un grand négociateur. Il a juste oublié l’essentiel :

— Et comment vas-tu me convaincre ?

Triomphant, il m’expose son plan infaillible :

— J’ai reçu avant que tu arrives une demande d’interview par une chaîne d’info continue. Je vais l’accepter et on va y aller ensemble.

Il est mignon mais il y a une énorme faille dans son programme :

— C’est toi qui les intéresses et personne d’autre. Et encore, ils vont vouloir faire du pathos sur ton dos. Tu n’as pas besoin de ça.

Sans répondre, il prend son smartphone et numérote. Dès la première sonnerie, ça décroche. Il met le haut-parleur :

— Guillaume ! Enfin ! J’ai cru que tu allais me snober.

— Bonjour, Victoria ! Je n’avais pas l’intention de donner suite mais un élément m’a fait changer d’avis. Dis-moi déjà quel format tu proposes.

— Une interview sans limites de temps pour que tu nous parles de toi. Où tu en es dans ta convalescence. Comment tu te sens ? Comment tu vois ton avenir ? Ça te convient ? Tu veux évoquer autre chose ?

Ils ont l’air de bien se connaître, non ?

— Tu es consciente que j’ai des cicatrices sur tout le corps ? Le visage également ? Tu n’as pas peur que cela choque tes spectateurs ?

16 - APOTHÉOSE

— J’imagine que si tu envisages de venir, c’est que c’est assez propre quand même, non.

— Oui mais il n’en reste pas moins que je n’ai plus mon visage parfait.

— Écoute, j’en suis désolée pour toi et pour toutes les conséquences que cela va avoir sur ta vie. Mais les gens parfaits n’ont souvent rien à dire. Ce qui m’intéresse, c’est qui tu es aujourd’hui. Comment tu as géré ton accident, comment cela a influé sur ton existence. Tout ça quoi.

— OK. Je vais donc parler de mon futur tel que je l’envisage. Et pour ça, j’aurai une invitée.

Un silence de quelques secondes et elle le relance :

— Allez, Guillaume ! Donne-moi ton scoop !

Sa voix ne laisse aucun doute sur son degré d’excitation. Ah ! Les journalistes et la notion de scoop ! Ils sont tous pareils.

— Je vais t’amener la femme de ma vie.

Oh, non ! Il en fait trop. J’imagine sans peine le cerveau de cette chasseuse de scoups tourner à mille à l’heure pour tirer le meilleur parti de cette aubaine !

— Tu es sérieux ? Tu vas te marier ? Tu es heureux ? Tu veux combien de bébés ? Oh, bordel ! Les parents vont être dingues.

Elle est folle ! Les parents ? J’ai envie de me dissimuler dans un trou de souris. Il éclate de rire :

— Ne t’emballe pas, sœurette ! Elle n’a pas encore accepté.

La température revient à la normale d’un coup. Sa question ne cache pas sa déception :

— Pourquoi ?

Guillaume me tend le téléphone en me proposant de répondre. D’un signe de tête, je refuse. Il le fait donc :

— Écoute, on ne se connaît pas depuis des lustres. Je pense qu’elle a besoin d’un peu de temps encore pour se faire à l’idée. Mais j’ai bon espoir !

— Et tu nous la présentes quand ?

— Le jour de l’interview ?

— Tu es sérieux ? Tu crois que je vais survivre ? Mais non !

— Mais si ! On fait en douceur. Sur terrain neutre. Ma chérie est timide et je ne veux pas lui imposer ta présence volcanique sans qu’une caméra tempère ton extravagance.

— Pfff… N’importe quoi ! Bon, tu peux être là quand ? Il me faut une semaine pour tout préparer.

— OK. Envoie-moi le lieu d’enregistrement et on s’organise.

— Super ! Si tu me fais faux bond au dernier moment, je t’étripe, tu es prévenu. Ciao !

Elle a raccroché avant qu’il ait pu dire un mot. Il paraît heureux. Moi, je suis morte de trouille. La famille n’était pas prévue au programme. Et sa sœur… Oh, mon Dieu ! Elle va me laminer. Guillaume attend une réaction. Je soupire :

— En fait, tu veux me faire fuir, c’est ça ?

— Elle est adorable, tu verras. Et elle va être dingue de toi, j’en suis sûr !

Moi, pas du tout. Mais comment doucher son enthousiasme ? Et puis, mine de rien, elle m’offre une semaine de plus au paradis !

*

Finalement, Victoria a décidé de faire l’interview pendant le Festival de Cannes sur les terrasses face à la mer. Notre taxi nous y emmène. L’angoisse m’étreint de plus en plus fort. Je repasse les images de la magnifique semaine que nous venons de vivre : la neige ne bloquant plus les routes et chemins, nous avons fait quelques balades absolument splendides. Guillaume est parfait : tendre, attentionné, cultivé, curieux, dynamique sans être hyperactif. Et d’une patience d’ange avec moi. Je ne suis pas prête à perdre tout ça. Je vais me battre avec l’énergie du désespoir.

Dès que la voiture s’arrête dans une cour discrète, on nous emmène vers une loge pour le maquillage. Victoria nous y attend et elle accueille son frère avec un mélange de joie et d’émotion qu’elle ne cache pas. Il fait les présentations et elle me scanne rapidement tout en restant chaleureuse :

— Je suis enchantée de faire enfin votre connaissance. On garde le vouvoiement pour l’interview, ce sera plus facile.

J’acquiesce en silence et je panique un peu plus : elle a l’air survoltée. Avec aisance, Guillaume s’est posé devant le miroir et attend la maquilleuse. Il m’invite à m’asseoir à côté de lui. J’ai à peine le temps de m’exécuter que j’entends Victoria donner des consignes :

— Surtout, tu ne masques pas les cicatrices de Gerry. Et pour Madame, elle est parfaite. Tu gères juste le risque de brillance.

La professionnelle s’approche de Guillaume et ni lui ni moi ne la lâchons du regard. Dès qu’elle voit les marques, elle a une moue peu agréable. Je réagis au quart de tour :

— Quelque chose ne va pas, mademoiselle ?

Victoria m’observe avec intérêt tandis que Guillaume pose sa main sur mon bras.

— Non, Madame.

Son air hautain me hérisse le poil. Je m’apprête à répliquer quand Victoria me devance :

— C’est bon, Clara, on va se débrouiller.

Elle prend la poudre d’escampette sans demander son reste. Mon moral tombe dans les chaussettes que je n’ai pas. Si une professionnelle réagit ainsi, supportera-t-il celle du public ? Elle sera forcément sans filtre. Je ferme les yeux. Je sens le désastre arriver.

— Guillaume, tu suis Pascal, il va t’installer sur le plateau. Je te rejoins dans un instant.

J’ouvre les paupières, résignée. Elle a saisi. Elle m’écarte de l’interview pour commencer, de la vie de son frère sans nul doute ensuite.

— Respirez, Adèle. Tout va bien se dérouler.

Pourquoi s’applique-t-elle à me mettre de la poudre sur tout le visage ?

— Je comprends que passer devant une caméra soit perturbant. Mais, si vous êtes là, si mon frère vous a choisi, c’est que vous êtes une personne exceptionnelle. Soyez naturelle.

Elle est aussi adorable que Guillaume, malgré son métier. Pourtant, elle manque de lucidité :

— Et si le public réagit mal devant ses cicatrices ?

— Il forcera leur admiration par son courage et votre amour sublimera le tout. Je dois y aller. Je vais parler un peu avec Guillaume sur les suites de son accident et quand on évoquera ses projets d’avenir, vous ferez votre entrée. Pascal vous donnera le top. La force de caractère, vous l’avez, servez-vous-en !

Elle est aussi diabolique que son frère, en fait. En mode « je veux » donc ça va se passer comme ça ! Inspiration, expiration. Et puis après tout, qu’est-ce que j’ai à perdre ? Le bonheur d’une vie ? Sauf que tu penses déjà l’avoir perdu… Donc au pire, tu peux te donner une chance de le reconquérir, non ? Pense positif ! Tu le veux et tu l’auras ! Le bonheur ou Guillaume ? Les deux, mon capitaine ! Je suis le dénommé Pascal comme une automate. Il m’arrête derrière un rideau et j’entends Victoria :

— Gerry, vous avez fait preuve d’une formidable force de caractère face à l’adversité. Et vous voir aujourd’hui assumer vos cicatrices au grand jour, c’est une belle leçon pour chacun de nous. Puisque vous êtes sorti de votre réclusion volontaire, comment imaginez-vous votre avenir ?

— Mon seul projet, c’est d’être heureux avec la jeune femme exceptionnelle qui partage ma vie.

— Mesdames, Messieurs, je vous demande d’accueillir chaleureusement Adèle !

C’est le moment. Ne pas tomber. Les quelques mètres qui me séparent du canapé sont dégagés. Guillaume et Victoria se sont levés, mon entrée a déclenché un concert d’applaudissements et un enthousiasme auquel je ne m’attendais pas. Les doigts de Guillaume se resserrent sur ma main, je lui rends son sourire et tout s’éclaircit. Victoria s’extasie sur « notre amour qui irradie » et me pose quelques questions sur nos projets. J’évoque les destinations dont nous avions parlé précédemment et je réalise que, pour la première fois, je l’envisage comme un pan de notre avenir. Guillaume semble parfaitement à l’aise, en public, et en ma compagnie. Jamais je n’aurais osé espérer que tout se passe si bien.

D’un clin d’œil, Victoria me rassure et enchaîne sur une question plus personnelle :

— Dites-moi, Adèle, que ressent-on quand on tombe amoureuse d’un mannequin star ?

— On prend peur ! Je suis quelqu’un de simple qui aspire à une vie tranquille. Être ici est une expérience unique et le restera.

— Pensez-vous qu’il puisse reprendre sa carrière malgré ses cicatrices ?

Je ne peux m’empêcher de le regarder une fois encore. Il semble curieux de ma réponse. Elle est sans équivoque :

— Il était beau comme un dieu grec et il l’est toujours. Ces cicatrices lui apportent une maturité, un charisme et un charme fou. S’il voulait reprendre son métier, je ne doute pas qu’il puisse le faire.

— Vous êtes amoureuse, non ?

Elle me taquine gentiment.

— Oui et c’est un pur bonheur. Pourtant, notre relation est basée sur l’honnêteté. Si cela n’était pas envisageable, je le lui dirais sans détour.

— Et qu’en pense notre public ?

Elle se lève et se dirige vers une jeune femme qui a l’air fascinée par Guillaume. Elle ne le quitte pas des yeux. Victoria reprend :

— Alycia, vous êtes la présidente française du fan-club de Gerry, donnez-nous votre avis.

— Oh ! Il est toujours magnifique et il peut tout faire. J’ai souvent pensé qu’il ferait un merveilleux comédien. Tous les clichés révèlent sa sensibilité. Et puis quel couple ! Ils sont tellement beaux !

Je n’en crois pas mes oreilles. Elle a vraiment l’air heureuse pour nous. Cela me fait chaud au cœur et c’est un sentiment curieux.

Guillaume s’est approché de moi et sa demande chuchotée n’en est pas moins très claire :

— Veux-tu m’épouser à présent ?

Victoria, en reprenant sa place, a immédiatement capté qu’il se passait quelque chose et nous regarde avec une intensité époustouflante. Les murmures du public ne me troublent pas. Tous mes doutes envolés, c’est un oui sans réserve qui s’échappe de mes lèvres. Émue, je tente de retenir des larmes de joie tandis que Victoria espère ne pas en louper une miette :

— Gerry ?

— Elle a dit oui !

Il rayonne et leur regard complice est un bonheur à lui tout seul. Guillaume plonge sa main derrière le dossier de notre canapé et en ressort un énorme bouquet de roses rouges pour me l’offrir devant la foule en délire. Cette fois, je ne me retiens pas : entre larmes et rougeur inopportune, je l’embrasse avec fougue et passion. Ce jour est le premier d’un bonheur sans fin.

 

 

FIN

Le mot de la fin :

 

Tout d’abord, un grand merci à vous, lecteurs/lectrices, d’avoir donné vie à mes personnages à travers votre lecture !

Si vous avez aimé cette nouvelle, n’hésitez pas à me le faire savoir sur mon adresse mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. J’adore prendre connaissance de vos ressentis sur l’histoire, sur les protagonistes, sur ce qui rentre en résonnance avec votre propre réalité ! Une nouvelle fois, merci infiniment, si vous prenez le temps de le faire.

Petite confidence : j’ai un rêve secret ! J’ai déjà eu de nombreux retours sur mes romans et nouvelles. Pourquoi ? Parce, souvent, que mes héroïnes brisent leurs chaînes en portant des valeurs fortes. Elles vous envoient un message puissant : chacun de nous peut changer ce qui ne va pas dans sa vie, à n’importe quel âge, à n’importe quel moment !

 

Vous avez aimé cette nouvelle ? Vous en voulez plus ? Je vous propose de rentrer dans l’univers d’Utopia. Jo et Ben vont vous entraîner dans une sarabande d’émotions et d’événements haletants. Ils croient vivre dans un monde paisible mais le danger rôde et va bientôt les rattraper ! Comment vont-ils s’en sortir ? Leur rapprochement sera-t-il une force ou une faiblesse ? À vous de le découvrir.

Et, comme j’adore faire des cadeaux, voici les deux premiers chapitres de « Utopia T1 : le convertisseur d’âmes ». Et si vous ne souhaitez pas attendre pour le dévorer en entier, cliquez ICI (gratuit dans l’abonnement Kindle).

Enfin, vous pouvez également trouver des informations sur mon site web www.alexandra-mac-kargan.com.

 

À très bientôt !

 

 

Remerciements :

 

À toutes celles et tous ceux qui me suivent depuis mes débuts en 2017, à ceux/celles arrivé(e)s un peu plus tard, ou qui nous rejoignent aujourd’hui, je voudrais avec une grande sincérité vous remercier. C’est vous qui m’avez permis d’atteindre mon rêve quand tout le monde me disait que c’était impossible : vivre de ma plume ! M’éclater en inventant des histoires, en les publiant et en les partageant avec le plus grand nombre.

Parce que oui, l’écriture et la lecture sont un partage, entre l’auteure et son lectorat : d’expérience, de philosophie, d’énergie. On a tous un Graal à aller chercher, la littérature peut nous y aider, par les valeurs qu’elle véhicule.

Un merci tout spécial enfin à celles qui sont venues discuter avec moi sur leurs ressentis et surtout sur les avancées que mes romans leur ont permis de faire dans leurs réflexions, leurs projets et dans leur vie. Vous êtes formidables !

Je n’oublie pas non plus toutes les auteures plus expérimentées qui ont encouragé ma progression, grâce à nos échanges fructueux. Elles se reconnaîtront. Un grand coup de chapeau ensuite à mes alphas et bêta-lectrices pour leur immense et minutieux travail !

 

Qui suis-je ? :

 

À l’aube de la cinquantaine, après une déconvenue cuisante qui a fracassé ma carrière professionnelle et mes finances, mes tentatives de rebond étaient vouées à l’échec : CV atypique, passion non rentable, trop âgée. Et cerise sur le gâteau : une femme dans un monde d’hommes !

La voie classique ne me convenait pas et était même contraire à mes valeurs. Pourtant, mes doutes m’empêchaient de me lancer : pourquoi des inconnus me liraient ? Pourquoi un éditeur me ferait-il confiance ? Comment me sortir de cette situation insupportable ?

Et puis un jour, j’ai réalisé que je n’avais plus rien à perdre. Alors j’ai lâché prise. J’ai écrit Revenge d’une traite, sans me poser la moindre question, simplement en me faisant plaisir. Et comble de l’audace, je l’ai envoyé à un éditeur qui l’a accepté ! J’ai compris que je devais suivre mon instinct en mettant à profit toute l’expérience acquise : j’ai continué à coucher mes histoires « sur le clavier », tout en me formant pour m’améliorer. Quand on assouvit une passion, il devient facile d’avancer avec enthousiasme, surtout lorsqu’on constate ses progrès.

J’ai découvert ainsi le plus puissant des carburants : être en phase avec ses désirs profonds. J’en ai tiré une philosophie de vie positive et motrice de mes actions : m’écouter, ne jamais abandonner, se relever pour perfectionner ce qui n’a pas marché pas, consolider ce qui fonctionne. Être toujours en mouvement.

Aujourd’hui, je souris à ma nouvelle vie et je veux transmettre cette force, cette capacité à avancer sur sa voie personnelle. Mes récits et mes héroïnes illustrent ces valeurs et donnent à nombre de mes lectrices des armes pour rebondir dans leur propre existence : remise en cause, formation, changement. N’oubliez pas : toujours rester en mouvement !

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