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Alexandra Mac Kargan
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Elysia - Partie 3

9 - PASSION

Heureusement que le trajet en moto a été court. Elle avait caché une veste coupe-vent et un casque dans son local, j’ai donc pu rouler plus vite ! Le vêtement légèrement trop grand me fait penser qu’elle l’a emprunté. Avait-elle préparé son coup ? Sans aucun doute. Et ça me plaît ! Elle sait ce qu’elle veut. Ses mains baladeuses sur mes cuisses lorsque je stoppe la moto, sur le trajet, sont également sans équivoque. Tout mon corps est déjà en feu. Je me gare dans le parking de l’hôtel et nous reprenons notre course échevelée. Le hall, pas la peine de s’arrêter à la réception, je garde toujours ma clé sur moi. L’ascenseur, flûte, nous ne sommes pas seules. Nos yeux se contentent de promesses aguichantes, au grand dam de nos épidermes. L’étage, vite, courons ! Devant l’entrée de la chambre, elle se colle à moi et le sésame électronique nous livre enfin le passage vers le paradis !

Sans perdre la moindre seconde, dès la porte claquée, elle se jette sur mon blouson, sa veste ayant déjà rejoint le sol. J’aime que tout soit bien à sa place et les laisser en vrac me dérange un peu. Pas le temps de m’appesantir, ses lèvres sur les miennes me ramènent à l’urgence de nos corps : caresser, embrasser, déshabiller. Pourtant, elle s’arrête brusquement. Je reprends mon souffle, en cherchant à comprendre : hésite-t-elle ?

— Tu es belle, Jade. Je ne me lasse pas de te regarder.

D’un coup, elle a changé l’atmosphère. D’électrique, elle devient tendre et suave. Cette fille va me tuer. Passionnelle, elle me consume. Douce, elle me torture. Ma main dans la sienne, elle nous éloigne de l’entrée. Encore habillées, un peu débraillées, elle nous entraîne vers le sofa. Alors que je m’attends à ce qu’elle laisse libre cours à son désir, elle semble soudain timide. Sagement assises, un mètre nous sépare. Pourtant, son regard gourmand ne laisse aucun doute quant à ses envies. Avant que la situation ne devienne embarrassante, je l’interroge doucement :

— Quelque chose ne va pas ?

Elle sourit malicieusement mais ses yeux sont légèrement fuyants :

— Je me fais flipper toute seule.

— Comment ça ?

Sa grimace est comique, même si je ne pense pas que ce soit l’effet attendu. D’un murmure, elle éclaire ma lanterne :

— Ça ne me ressemble pas. D’agir comme ça.

Une bouffée de tendresse me pousse à me rapprocher d’elle :

— D’être sauvagement entreprenante, tu veux dire ?

Cramoisie, elle acquiesce sans un mot. Je l’enjambe pour me retrouver à califourchon sur ses cuisses. Sa riposte ne se fait pas attendre : elle m’enlace tandis que ses yeux cherchent à comprendre la nature de ma réaction. Sans réfléchir, je m’entends lui répondre du plus profond de mon cœur :

— Je veux tout vivre avec toi : passion, tendresse, jeux en tous genres. Tout ce que tu désireras.

Là, c’est moi qui me fais peur. Mon cerveau m’intime l’ordre de prendre du recul. Je m’empare de sa bouche, tout en douceur, le temps qu’elle reprenne confiance en elle. En nous. Je refuse de perdre de précieuses secondes en cherchant la signification de ce nous. Tout ce qui compte, c’est elle ici et maintenant. C’est mon cœur qui bat la chamade, mes doigts fébriles et un peu maladroits qui s’attaquent à sa tunique. Mais elle ne me laisse pas le loisir de la lui enlever. Les siens me devancent et ma chemise n’est plus qu’un lointain souvenir. Sa timidité a fondu comme neige au soleil. Sa bouche parsème mon buste de baisers tantôt légers, tantôt mouillés. Mes mains sur ses épaules, je serre les dents pour contenir ma furieuse envie de la dévorer à mon tour. Je ferme les yeux et je me concentre sur les réactions de mon corps : frissons, chair de poule, chaleur, sur les centimètres carrés qu’elle explore, cœur qui rate quelques battements, aréoles qui pointent déjà, papillons dans le ventre… Je m’efforce de respirer à peu près normalement. Alors qu’elle fait sauter mon soutien-gorge avec dextérité, je cherche son regard. Brûlant, incandescent même, il me provoque, me défie de retenir mes envies pour lui appartenir totalement. Je résiste… un peu !

Très vite, ma main se glisse dans ses boucles presque blondes et accompagne le mouvement de sa divine bouche sur mes seins et mes tétons. Je résiste encore. Je n’en peux plus : j’agrippe ses cheveux pour éloigner sa tête de quelques centimètres. Juste ce qu’il faut pour dévorer ses lèvres et parcourir son buste à mon tour. Elle a toujours de l’avance : ses doigts s’attaquent au bouton de mon jean. Les miens s’affranchissent de sa tunique pour de bon cette fois. Je me redresse et retrouve une position plus avantageuse pour me débarrasser de mon pantalon. Elle m’imite et je la soulève pour l’allonger sur le lit. Le temps du court trajet, ses jambes s’enroulent autour de mes hanches et sa bouche irradie mon cou et mon épaule de légères morsures très excitantes.

Je meurs d’envie de prendre pleinement possession de tout son être. Et aussi de la faire frissonner indéfiniment. De voir le feu dans ses iris, l’attente dans le mordillement de ses lèvres. Allongée sur elle, je souligne ses courbes de toutes les façons imaginables : de ma langue par de doux effleurements, de mes doigts, caressant, frôlant, griffant, de mon corps luttant pour garder ma position dominante ! La demoiselle n’entend pas rester passive et nous nous livrons à une vraie bataille amoureuse qui chauffe nos peaux, exacerbe tous nos sens. Résister. Ne pas me laisser envahir par le plaisir, la mener le plus loin, le plus longtemps possible…

Nous explosons ensemble. Synchronisées. Atomisées. Mais pas rassasiées. Pourtant, enlacées, nous prenons un moment pour nous câliner tendrement. On se connaît si peu. En cet instant, j’ai l’impression qu’elle est ce qui me manquait depuis toujours. J’entends, je sens son cœur. Il bat sur le même rythme que le mien. Pas romantique pour deux sous, je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. Je ne voudrais être ailleurs pour rien au monde.

10 - BLUES

Je sors doucement du sommeil. Mon cerveau et mon âme baignent dans un océan de bonheur. Nos ébats s’échappent de ma mémoire pour revenir à la surface. Je tâtonne sur le drap, à côté de moi. Mon sourire se fige. Je n’ai rencontré que le vide. Quelques secondes passent, je refuse de soulever mes paupières, ne serait-ce que d’un millimètre ! Ne pas la voir me briserait le cœur. Je suis accro à cette fille. Mon Elysia, on va devoir parler, toi et moi. Forcément, elle n’est pas loin, n’est-ce pas ? Je tends l’oreille : pas un bruit. La douche est muette. Toute chaleur me quitte. En ouvrant les yeux, je laisse entrer une onde glaciale qui atteint mes os en moins de dix secondes. Elle n’est pas là. Elle est partie ! Par acquit de conscience, je passe dans le salon, dans la salle de bains. Je suis seule. Elle a même ramassé et plié correctement mes vêtements qui me narguent sur le canapé. Merde ! Quelle douche froide… Un goût amer replace celui du bonheur. Une douce illusion qui se transforme en gueule de bois au petit matin. Ma fille, c’est ta faute et c’est tout ! Quelle idée de t’emballer pour une inconnue ? Je m’affale sur le divan et envoie balader la pile de fringues ! Rien à foutre de sa bonne éducation. Je veux la tendre sauvageonne de cette nuit. Je veux la rebelle d’hier qui m’a fait vivre une journée de montagnes russes ! Et merde ! Elle ne peut pas se barrer comme ça. Elle me doit au moins des explications. J’enrage !

Je n’ai pas les idées claires. Un petit déjeuner sera le bienvenu. Une douche aussi. Eau chaude, très chaude. Comme un cocon de douceur après cette amère déception. Je ne comprends pas. Uniquement du sexe ? Impossible. Elle s’est blottie contre moi, juste avant de s’endormir. Elle semblait heureuse. Sereine. Devine quoi, Jade ! Le meilleur moyen d’arrêter de faire des hypothèses bancales, c’est de le lui demander. Tu sais où la trouver. Fonce. Oui, mais le maire ? Après tout, je suis là pour redémarrer le chantier et, si la miss me snobe, je ne vais pas non plus la harceler comme une psychopathe ! Pas d’ego mal placé, Jade. Sois honnête : il ne va pas disparaître et Elysia est la priorité. Sinon tu vas passer ton temps en conjectures et ce n’est pas la bonne façon de mener des affaires ! Sans compter ton petit cœur qui aimerait bien comprendre…


*

Cet immeuble triste, vétuste, me déprime. Non, dis plutôt qu’il est en parfaite adéquation avec ton humeur. Le soleil d’hiver ne me réchauffe pas. J’ai froid de l’intérieur. Et je me déteste pour ça. Comment une fille rencontrée la veille peut te mettre dans un état pareil ? Ce n’est pas la première fois que tu as une aventure sans lendemain, quand même. C’est vrai mais ce n’est pas « une fille », c’est Elysia. Avec son caractère volcanique, ses failles, ses iris de braise qui me dévorent sans se cacher. Je jette un œil aux alentours : pas de boucles blondes à l’horizon. Bergeraud n’est pas sorti de son Algeco, ça tombe bien, aucune envie de lui parler. Bon allez, je me paye le culot d’entrer dans l’immeuble. Je ne sais même pas dans quel appartement elle loge, le mieux est d’essayer de trouver la grand-mère.

Alors que j’approche du hall, un gamin vient me stopper. Il a une dizaine d’années. Je ne me rappelle pas l’avoir vu hier soir. D’un air un peu revêche, il prend les devants :

— Tu veux quoi ?

Inutile de le brusquer, je réponds posément :

— Discuter avec la matriarche.

Il jette un coup d’œil en arrière. Dans la pénombre, je distingue quelques jeunes. L’un d’eux hoche la tête et le gamin s’écarte. Bon, c’est déjà ça. Je monte quatre à quatre les deux étages. Je n’ai pas besoin de me retourner pour comprendre que celui qui a autorisé mon entrée me suit. Arrivée sur le palier, j’hésite. Elle était dans l’appartement de gauche hier soir mais je ne sais pas si c’est le sien…

— À gauche.

Je le remercie d’un signe de tête et m’apprête à frapper sur la porte. Il me devance et l’ouvre sans s’annoncer :

— Mamé !

— Eden ! Ne crie pas. Je suis là.

Sa main levée m’enjoint d’attendre sur le seuil tandis qu’il entre dans la pièce d’où venait la voix. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends que des murmures incompréhensibles. Très vite, il ressort en me laissant le champ libre. La vieille dame est assise sur un fauteuil près de la fenêtre, une couverture chaude sur les jambes.

— Bonjour, Jade. As-tu une bonne nouvelle pour nous ?

Aïe ! Ça commence mal.

— Pas encore. Je vais essayer de voir le maire cet après-midi. Pour l’instant, je cherche Elysia.

Son regard devient subitement très incisif, comme si elle tentait de lire en moi.

— Elle était avec toi, cette nuit, n’est-ce pas ?

Oh, la galère… Que sait-elle ? Il n’est pas question que je mette la jeune femme dans l’embarras.

— Nous avons beaucoup discuté.

Avec un sourire entendu, elle reporte son attention vers la fenêtre. OK, c’était avec les mains mais c’est aussi de la communication, non ? La plus belle qui soit !

— Et donc tu l’as perdue ?

— Vous savez où elle est ?

Elle secoue la tête de droite à gauche, lentement. Voilà qui ne m’aide pas…

— Pardon de vous avoir dérangée. Je reviens dès que j’ai du neuf. Bonne journée !

J’ai déjà fait demi-tour quand elle m’interpelle :

— Jade ? Fais attention. Elle fait la forte comme ça mais elle est fragile, la petite Ely.

J’acquiesce en silence mais je n’en pense pas moins. Fragile, hein ? C’est pourtant bien elle qui m’a larguée sans un mot et sans ménagement. En même temps, Jade, tu en fais trop. Une nuit ne fait pas un couple. Pourquoi je suis si mal, dans ce cas ? Je ressors de l’immeuble en trombe et enfourche ma moto. Alors que je m’apprête à mettre mon casque, je sens une présence. Le jeune qui est monté avec moi me scrute avec insistance. Comme il ne dit rien, je prends les devants :

— Oui ?

— Tu cherches Ely ?

— Tu sais où elle est ?

— Tu lui veux quoi ?

Mais ils sont tous aussi curieux ? Agacée, je manque de diplomatie :

— Je crois que cela ne te regarde pas.

Au lieu de me répondre sur le même ton, il reste là les bras ballants, visiblement hésitant. Quelques secondes plus tard, il se décide :

— Si tu lui fais du mal, tu auras affaire à moi. N’oublie pas ça.

Allons bon ! Un amoureux ?

— Ce n’est pas mon intention.

— Suis-moi.

11 – ORGUEIL ET PRÉJUGÉ

Il m’a fait contourner le bâtiment pour arriver sur une brèche dans le grillage. Un remblai de terre, aussi haut que moi, me défie ! Heureusement qu’il ne fait pas nuit, j’aurais pu me poser des questions quant à ma sécurité.

— Tu grimpes la butte pour atteindre la plage. Tu vas sur ta droite jusqu’au cabanon. Elle est dans le coin en principe.

— OK. Merci.

Il soulève une partie du grillage pour agrandir le trou et le laisse retomber derrière moi. Je commence à monter tant bien que mal : la terre est bien tassée, il doit y avoir du passage. Au sommet, j’embrasse le paysage d’un coup d’œil : l’océan face à moi, agité et sombre. Il se confond à l’horizon avec le ciel, gris, saturé de nuages peu engageants. Avant de laisser l’ambiance du lieu plomber mon humeur un peu plus encore, je descends sur la plage et suis la mini-colline de remblais sur ma droite. Dans un renfoncement, je tombe bien vite sur le cabanon. Elle est là. Les yeux fermés, adossée à la façade en bois, son attitude traduit un certain désarroi : elle entoure ses genoux repliés de ses bras et sa tempe repose dessus. Entre colère et inquiétude, mon cœur balance. Elle a l’air si fragile en cet instant. N’oublie pas : c’est elle qui t’a abandonnée sans un mot.

Remontée, je m’approche. Le sable humide crisse sous mes pieds et elle ne tarde pas à relever la tête. Étonnement, agacement ? Je ne sais pas déchiffrer son expression. Je m’assieds à côté d’elle. Je ne dis rien parce que mon cerveau et mon cœur se disputent l’accès à ma voix ! D’un murmure, elle rompt le silence, avec un regard un peu voilé :

— Qu’est-ce que tu fais, là ?

Pas d’agressivité. Plutôt une grande lassitude. Beaucoup de douceur aussi. De quoi annihiler ma colère en tout cas :

— Je cherche une explication à ton départ.

Je parierais qu’elle a pleuré même si elle tente de le cacher.

— Pourquoi ?

L’agacement pointe le bout de son nez : n’est-ce pas évident ? Pourtant, je veille à rester le plus neutre possible :

— J’avais l’impression d’avoir vécu une nuit parfaite. J’ai dû rêver.

— Elle l’était vraiment.

— Alors la question se pose, non ? Pourquoi es-tu partie ? Sans un mot qui plus est ? Je ne méritais pas un minimum de considération ?

— Si… Pardon.

Elle me déchire l’âme. Je sens sa douleur et j’ai beau chercher, la cause m’en échappe. Elle a bougé légèrement et nos bras sont à présent en contact. Volontaire ? Peu importe, en fait. Je passe le mien derrière sa tête, sur ses épaules. Ses boucles blondes viennent chatouiller ma joue. Mon cœur a fait un bond. Mon corps se réchauffe malgré moi. Elle n’a toujours donné aucune raison, je ne vais pas la lâcher.

— Pour te pardonner, je dois savoir pourquoi, ma belle.

Elle se redresse et le froid s’insinue illico sur ma peau et mon âme. La houle, à quelques dizaines de mètres, semble capter toute son attention. Un filet de voix me présente un début de réponse :

— J’ai paniqué.

— Pourquoi ?

Un regard intense et douloureux me défie à présent :

— Je n’aurais pas supporté que tu me vires comme une malpropre !

En voilà une idée ! Saturée d’incompréhension, ma question sort de manière plus virulente que prévu :

— Et pourquoi j’aurais fait ça ?

Elle m’évite à nouveau et sa réplique est tout juste marmonnée :

— On n’est pas du même monde. Tu es sur des sphères que je ne côtoierai jamais.

Ah… Elle n’est pas sérieuse ?

— Cela n’a aucune importance, Ely. Ce qui compte, c’est ce qu’on éprouve l’une pour l’autre.

Agacée, elle me répond vertement :

— Et tu penses à quoi ? On se connaît depuis hier, Jade. Hier ! Tu imagines quoi ?

Bouleversée, je réalise que ses doutes ont monté un mur entre elle et moi. J’ai une chance, une seule, de la convaincre : être sincère !

— Ely… Je veux juste te parler de ce que je ressens. Tu m’as manqué. Quand je me suis réveillée, dans ce lit vide, le bleu du ciel a disparu. Je ne pouvais pas y croire. Mille raisons me sont venues à l’esprit mais j’ai dû me rendre à l’évidence, tu n’étais plus là et je ne comprenais pas pourquoi. J’ai oscillé entre la colère et la détresse. Même pas un mot, Ely ! J’en ai conclu que je n’étais qu’un coup d’un soir pour toi et j’ai eu mal. Je t’avais dit que je voulais tout vivre avec toi et je le pensais.

Elle ouvre la bouche mais je pose un doigt en travers de ses lèvres et je continue :

— Il me fallait savoir pourquoi. Je t’ai cherchée et quand je t’ai repérée… Ta tristesse m’a retourné le cerveau. Envolée, la colère. Te voir sourire à nouveau était devenu le plus important. Être heureuse comme cette nuit. La vie est devant nous et nous appartient, ma belle. Il suffit de le vouloir.

Les yeux brillants, elle soupire :

— Mais tu ne sais rien de moi ! Je ne suis absolument pas quelqu’un pour toi.

— Tu te trompes ! Parce que tu es la seule personne à qui je me suis intéressée depuis des années. Peu importe qui tu es, d’où tu viens. Tout ce qui compte pour moi, c’est ce que tu es à l’intérieur. Je ressens une profonde connexion entre nous. Pas toi ?

Nouveau soupir.

— Si… C’est bien le problème.

— Pourquoi ? C’est un sentiment magnifique et qui mérite d’être vécu, non ?

— Je meurs de trouille. De n’être qu’un feu de paille pour toi. Que tu me fasses traverser un océan de bonheur, puis que tu l’assèches du jour au lendemain. Et que tu passes à autre chose. À une autre fille.

Sa fragilité m’émeut et j’aimerais juste la prendre dans mes bras et réchauffer son cœur. Ce n’est pas une bonne idée pour l’instant, je dois d’abord la convaincre :

— Ce n’est pas mon intention. Le fait est que je n’ai pas de boule de cristal. Je ne peux rien te promettre quant à l’avenir. J’ai simplement très envie de vivre un bout de chemin avec toi. De laisser s’épanouir ce lien qui nous aimante l’une vers l’autre. Peut-être qu’à un moment, on se séparera. Au moins, nous n’aurons pas de regrets. Nous ne nous poserons pas mille questions sur ce qui aurait pu se passer. Et imagine que la rupture n’arrive jamais…

Elle secoue la tête de droite à gauche, lentement.

— On ne se connaît pas, Jade.

— Tu as raison. Eh bien, je te propose qu’on profite des jours qui viennent pour en apprendre plus l’une sur l’autre. Tout dépend de toi. Veux-tu nous laisser une chance ?

12 - ÉBAUCHE

— Non.

Surtout, reste calme, Jade. Ce n’est pas de la mauvaise foi. Ce « non » ne reflète que ses angoisses. Je lui souris avant de la pousser dans ses retranchements :

— Pourquoi ?

— Plus tu me connaîtras, plus tu comprendras que je ne suis pas digne de toi. Je suis un boulet, tu mérites bien mieux que moi.

Elle se lève et s’apprête à me planter là. En une seconde, je suis debout moi aussi et je la retiens par le bras pour la plaquer contre les planches du cabanon. Au lieu de se débattre, elle s’accroche à moi et finit par sangloter. Pourquoi refuse-t-elle ce dont elle meurt d’envie ? Cela me dépasse. En attendant qu’elle se reprenne, je la réconforte de mon mieux. Enfin, elle sèche ses larmes. Sa petite voix porte toute la misère du monde :

— Je ne comprends pas pourquoi tu es toujours là.

— Parce que je vois en toi ce que, de toute évidence, tu ne perçois pas. J’aime ta personnalité, ta fragilité aussi. Fais-moi confiance, Ely. Je suis plus qu’une bourgeoise coincée.

Sa bouche s’étire en un sourire microscopique :

— Pas trop coincée, quand même.

Le souvenir de nos ébats la fait rosir. Je ne peux m’empêcher d’effleurer ses lèvres. Sa réaction ne tarde pas et c’est un baiser passionnel qui balaye mes derniers doutes.

— Écoute, je dois voir le maire ce matin. Cela te laisse le temps de penser à ce que tu voudras me dire sur ta vie ou pas. Moi, je sais une chose. Peu importe ton passé. Même si tu as fait de la prison, cela ne m’arrêtera pas. Bon… Si tu es une « serial killeuse », je vais peut-être réfléchir un peu quand même.

Elle empoigne ma veste et me rapproche d’elle pour me murmurer à l’oreille :

— Je ne le suis pas.

— Donc, tu vois, tu n’as rien à craindre. On se rejoint pour le déjeuner ? Resto, cette fois ? Ou kebab ?

— Kebab dans ta chambre ?

J’éclate de rire. La proposition est tentante mais il ne faudrait pas que cela nous empêche de discuter :

— OK. Mais la priorité sera de faire connaissance. On est d’accord ?

— Oui, madame !

J’ai retrouvé mon Ely moqueuse à souhait et je préfère ça ! À regret, je vais devoir la laisser pour me coltiner le maire. Mais le jeu en vaut la chandelle !

*

Une fois de plus, j’ai coincé le maire dans son bureau. Soit il y passe son temps, soit j’ai beaucoup de chance. En tout cas, je ne vais pas me priver d’en profiter et j’attaque dans le vif du sujet :

— À votre avis, pourquoi ils refusent de partir ?

— Est-ce que je sais moi ? Ces gens-là s’amusent à faire chier le monde. Ils n’ont pas besoin de raison.

Mais quel mépris ! Je ravale mon indignation, je suis là pour trouver une solution.

— Vous vous trompez. Vivre en communauté, être solidaires les uns des autres, leur est nécessaire pour survivre. Si vous les éparpillez sur différentes communes, ils seront complètement isolés parce qu’ils n’ont pas de moyen de transport.

— Et vous voulez que je fasse quoi ? Je ne vais pas faire pousser un immeuble pour leur faire plaisir ? Ou peut-être des tentes sur la place de la mairie ? C’est impossible et vous ne pouvez le nier. Déjà, arriver à les reloger tous, ça a été un casse-tête que vous n’imaginez pas.

Surtout quand on n’envisage pas le moindre effort… Je suis à bout d’arguments. Peut-être la menace voilée ?

— Vous savez… Tant qu’ils sont ensemble, ils ont les moyens de survivre tant bien que mal. Si vous les séparez, vous risquez d’en faire des délinquants et ce n’est pas bon pour votre commune.

— Justement. S’ils sont éparpillés, ce sera plus facile à traiter.

Oh, my god ! Je viens de tomber sur le nœud du problème : son intention première est d’abord de les isoler. Je n’ai aucune chance de le faire revenir sur ses positions ! Dépitée… Son sourire vainqueur me donne envie de lui filer des baffes ! Ce qui ne résoudrait rien.

— J’ai bien compris votre manœuvre mais vous ne vous en sortirez pas comme ça. La roue tourne et le jour où ça arrivera, vous regretterez d’être né !

Il me regarde de haut et toute son arrogance se concentre dans sa question :

— Une menace ?

— Pas du tout. Une promesse ! Rien d’autre qu’une promesse.

Inutile de m’attarder dans ce bureau qui sent les poubelles malgré le luxe discret affiché, je file rejoindre la fille qui occupe ma tête et mon cœur. Et ce n’est pas le moindre de mes problèmes. Que vais-je bien pouvoir lui dire ?

J’ai échoué à trouver une solution, c’est certain. Me le pardonnera-t-elle ? Je n’en suis pas convaincue. J’ai beau cogiter, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus. L’option de quitter le projet est toujours sur la table. Mais ça changera quoi ? Cela ne fera que retarder le chantier sans bénéfice pour Ely et les siens. Et pour moi, ce serait une grosse désillusion. Ce projet est essentiel pour mon futur. Il a été conçu pour être ma vitrine : des appartements haut de gamme, gage de mes compétences professionnelles. Sans compter les profits attendus ! Si je me retire, je perds toute la marge de manœuvre financière que j’ai galéré à acquérir ces dernières années. Je vais ramer comme pas possible. Je ne peux pas me permettre de le faire juste pour le plaisir.

Un poids s’accumule sur mes épaules. Je redoute vraiment la réaction d’Ely. Vu son état d’esprit de ce matin, je crains que cela soit suffisant pour mettre le feu aux poudres. Je ne peux pourtant pas le lui cacher. Cela ne serait pas honnête. Par contre, je peux différer. J’y gagne un peu de temps, au cas où une idée de génie germerait dans mon cerveau, et j’ai une chance d’aplanir ses doutes et ses peurs, cet après-midi. Et toi, Jade ? Tu sais ce que tu veux ? Ce que tu vas lui proposer ? Oui. C’est très clair dans ma tête. Mais encore faut-il qu’elle accepte. À ce moment-là, je pourrai lui parler de Bastien.

 

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