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Alexandra Mac Kargan
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Elysia - Partie 4

13 – TROMPE L’ŒIL

À peine sommes-nous assises sur la terrasse de ma suite, qu’Ely lâche la bride à son impatience :

— Alors ? Le maire ?

— C’est un con !

— Oui, ça, on le savait déjà. Tu crois qu’on va avoir gain de cause ?

Je soupire. Mentir est contraire à tous mes principes. Lui faire du mal aussi. Elle n’est pas idiote et a bien saisi la situation :

— Ce n’est pas bon, hein ?

— Je n’ai pas encore trouvé la solution miracle. Ce qui est certain, c’est qu’elle ne viendra pas du maire. J’ai cru comprendre que, vous séparer, c’était son idée.

— J’en étais sûre ! Il ne l’emportera pas au paradis.

Sa colère allume des flammèches dans ses iris. Je pose ma main sur ses poings serrés :

— Ely, la violence n’amène que des ennuis. Je vais prendre encore un peu de temps pour réfléchir à la situation. En attendant, nous allons faire honneur à ce kebab avant qu’il soit complètement froid et, ensuite, nous allons parler de nous. C’était notre projet, tu te rappelles ?

D’un air malheureux, elle murmure :

— Je n’ai pas très faim.

— Tu sais, j’ai beaucoup bataillé pour en être où je suis aujourd’hui. Et si j’ai appris une chose, c’est qu’il vaut mieux avoir l’estomac bien rempli pour botter le cul de tes ennemis !

Son sourire fait plaisir à voir.

— Ça permet de taper plus fort ? Même si la violence n’est pas une solution ?

— Tu peux « taper » sans agression physique. Parfois, il suffit de trouver ce qui fera le plus mal et, souvent, ces gens-là sont plus sensibles au portefeuille.

— Tu vas lui piquer du fric ?

Elle est remontée à bloc à présent et je suis sûre que son cerveau se délecte à imaginer le maire en clochard ! Un sourire aux lèvres, je change néanmoins de sujet :

— Alors, parle-moi un peu de toi. Qui es-tu, Ely ?

— Une sale gosse sans avenir ?

Ça commence mal.

— Je n’en crois rien. Tu as un formidable potentiel. Peut-être que tu as juste besoin d’un peu d’aide pour l’exploiter… ou le découvrir. Qu’en penses-tu ? Tu as un rêve ? Une passion ?

Elle hésite. Aurais-je touché un point sensible ? Le regard dans le vide, elle débite sa réponse sans la moindre intonation :

— Je voulais faire les beaux-arts. Parce que j’avais d’excellents résultats à l’école, on m’a cantonnée à la filière scientifique. Je me retrouve avec un BAC+5 en chimie inutile. Impossible de trouver un job dans cette filière. Sauf à connaître les bonnes personnes ou s’exiler. Bilan : je fais des petits boulots quand l’occasion se présente et, l’été, je vends des glaces sur la plage. Passionnant, non ?

— Qu’est-ce qui t’empêche de te reconvertir ?

Un poil agacé, son ton monte :

— À ton avis ? Il faut du fric pour ça. Et ma famille a besoin de chaque centime que je peux apporter. Pendant ma scolarité, au moins, j’aurais eu une bourse. Maintenant, c’est mort. J’ai vingt-cinq ans et pas d’avenir.

L’amertume et le désespoir sous les mots m’attristent. Comment faire pour qu’elle accepte mon soutien sans se fâcher ?

— Ely, tu n’as pas le droit de dire ça. Ton futur est devant toi. Ce n’est pas facile, je suis d’accord. Mais, si tu le veux bien, je t’aiderai avec grand plaisir.

L’étincelle d’intérêt qu’ont suscitée mes propos disparaît bien vite :

— Oublie. Je n’ai pas le talent nécessaire pour ça. C’était juste un rêve.

Qu’est-ce que je disais ? Ce n’est pas gagné. Cette tête de mule va me faire ramer un certain temps avant de lâcher prise.

— Et si tu me laissais en juger ? C’est quoi ton art ?

— Aucun risque que je me ridiculise.

Pfff… La patience n’est pas ma qualité première mais je crois qu’avec la miss, je vais devoir progresser !

*

Rentrer à Saintes demain est une nécessité. Une semaine que je suis ici et la moitié de pur bonheur avec Ely. Je ne me vois plus vivre sans elle mais, chaque fois que j’essaie de lui parler d’avenir, elle élude systématiquement le sujet. Nous passons beaucoup de temps dans ma chambre et pas pour dormir ! De temps en temps, une virée en moto pour découvrir un peu la région. Elle y réside mais, sans véhicule, visiter n’est pas accessible. Nous avons partagé une nouvelle soirée avec sa communauté. Je cherche toujours un moyen de les aider mais je sèche lamentablement. Personne ne me pose de question. J’ai l’impression qu’ils commencent à se résigner. Cela devrait me réjouir : le chantier pourra démarrer. Pourtant, ce n’est pas le cas. Je comprends leur tristesse pour ce qu’ils vont perdre et je m’en veux d’être d’une façon ou d’une autre à l’origine de tout ça.

— Jade ? Tu rêves à quoi ?

— À notre avenir.

Un sourire carnassier illumine son visage. Elle va encore dévier le sujet.

— Oh ! Eh bien, moi, j’ai une boule de cristal et je nous vois investir la baignoire dans une minute top chrono !

— Il va falloir qu’on en discute, Ely. Je vais devoir rentrer à Saintes.

Elle se fige soudain :

— Quand ?

— Demain. Après-demain.

— OK. Profitons, alors. La douche nous attend !

Choquée, je me laisse entraîner vers la salle de bains. Ai-je bien compris ? Elle envisage une séparation ? Sans le moindre regret ? Je ne peux pas le croire. Je vais devoir lui parler sérieusement et prendre le taureau par les cornes. Elle doit craindre que je l’abandonne ici. Ou que sa famille ne lui permette pas de partir. Je trouverai une solution. Il est temps qu’elle pense à elle… et à nous !

Ses attentions et l’eau emportent mes soucis et mes interrogations. Ne restent que nos peaux incandescentes, à peine rafraîchies par un jet qui s’évapore à leur contact, une brume qui nous coupe du monde, la communion de nos corps, au diapason l’un de l’autre pour une symphonie particulière. J’occulte le désespoir, cette impression fugace et tenace à la fois qui squatte mon esprit et veut me faire entendre que ces instants sont les derniers.

 

 14 – LA LETTRE

Une semaine que je me démène et c’est le flop total. De retour à Saintes, j’ai multiplié les tentatives, les entretiens, pour leur trouver un point de chute sans qu’ils soient obligés de se séparer. Le plus souvent, je n’ai rencontré qu’indifférence ou franche moquerie. Mon associé m’a même demandé si j’étais tombée sur la tête récemment. Quel abruti ! Ce qui est sûr, c’est qu’il va disparaître de mon horizon sitôt le projet fini. Oui, certaines choses vont changer. Mais pour l’instant, je suis en route pour la côte. Je vais devoir assumer mon échec.

Pourtant, ce n’est pas ce qui m’angoisse le plus : Ely a refusé de me suivre à Saintes et, depuis, elle n’a pas donné signe de vie. Elle n’a pas de téléphone mais je lui ai donné mon numéro. Je suis sûre que si elle l’avait voulu, elle aurait pu m’appeler. Enfin, je tente de garder espoir. Peut-être qu’elle pensait que je ne reviendrais pas. Cela lui ressemble bien. Cette fois, il n’est pas question que je parte sans elle. Je m’accroche à ce fol espoir malgré le mauvais pressentiment qui s’amplifie au fur et à mesure que je me rapproche.

À la vue de l’immeuble, mon cœur saute quelques battements. Je me sens ridicule et, pourtant, j’ai l’impression que je vais jouer ma vie dans les prochains instants. Je descends de ma Harley et j’entre dans le hall. Il est désert. Où sont passés les guetteurs ? Je grimpe les escaliers quatre à quatre et sonne chez la matriarche. Comment va-t-elle me recevoir ? La porte s’ouvre et elle me fait signe d’avancer. L’appartement est encombré d’innombrables cartons. Les larmes me montent aux yeux. Ils savent déjà.

— Assieds-toi. Je t’amène du thé.

Seule dans la pièce, l’amertume me submerge. Quel abominable gâchis ! Pour quelques mauvaises personnes, toute une communauté se retrouve déchirée, bientôt éparpillée à plusieurs kilomètres les uns des autres ! Elysia doit être désespérée. En colère aussi…

La matriarche est revenue et me sert un thé à la menthe délicieusement parfumé. Je ne trouve pas les mots.

— Comme tu le vois, on a pris la décision. J’ai appelé le maire, il va nous fournir des déménageurs.

Quel salopard ! C’est sûr qu’il n’allait pas dire non : il obtient enfin ce qu’il voulait. Sa précieuse commune va pouvoir remplacer des gens simples par des personnes à haut pouvoir d’achat. Et j’ai participé à ça !

— Je suis désolée. Je n’ai pas trouvé de solution.

— C’est pour ça que j’ai renoncé à lutter. Si toi, tu n’as pas réussi, on ne le pouvait pas non plus. Tu nous as évité de nous enfoncer davantage dans les ennuis. C’est dur. Mais c’est comme ça. La fin d’une époque.

Elle paraît si fragile en cet instant. Tout son monde est en train de basculer. Comme un exode en terre inconnue. Ce qui m’émeut plus encore, c’est qu’elle ne remet pas en cause ma bonne foi et ma volonté de les aider. Je lui tends ma main et elle la serre avec un sourire triste. Il n’y a rien de plus à dire, je crois. Juste à affronter Elysia.

— Votre petite fille a mon numéro. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler.

— Merci. C’est gentil à toi de te préoccuper de nous.

— Vous savez où elle est ?

Ses iris délavés semblent plonger encore un peu plus dans la tristesse :

— Non. Mais elle m’a laissé une lettre pour toi.

Alors qu’elle se lève et la sort d’un tiroir du buffet, je reste sans voix. Je ne veux pas y croire. Elle n’a pas fait ça ? D’une main tremblante, je prends la missive et la regarde sans savoir quoi en faire.

— Tu devrais la lire au calme.

— Vous avez une idée de ce qu’elle contient ?

— Pas vraiment. Mais elle était en larmes quand elle me l’a remise. Ely ne pleure jamais.

*

« Jade…

Je ne sais pas par où commencer. Tu as bouleversé ma vie en quelques jours. J’aurais dû te fuir. Je n’ai pas pu. Ta douceur, ta façon de me considérer comme ton égale, toi la grande dame d’une classe infinie qui m’a littéralement éblouie…

Tu es sublime. La plus belle femme que j’ai jamais rencontrée. Et pourtant, ton cœur et ton âme sont plus magnifiques encore que ton physique. »

Malgré moi, je reprends espoir. Si elle le pense vraiment, elle ne peut pas…

« J’ai rêvé d’une vie à tes côtés. Peu importe ce que nous en ferions, pourvu que nous soyons ensemble. J’y ai presque cru. Tu m’as presque convaincue. Au fond de moi, malgré tout, une douleur persistait et elle n’a fait que grandir pendant ton absence. Oui, je sais, j’ai refusé de te suivre. J’avais peur de goûter à une existence à laquelle je n’ai pas droit. Un mirage… »

Bon sang, Ely ! Il te suffit de le vouloir, de l’accepter, de me faire confiance. S’il me faut encore passer des heures pour te convaincre, je le ferai.

« Et puis ma grand-mère m’a annoncé notre départ. À cet instant, tout a basculé. Chaque fois que je songe à toi, je visualise ma communauté à jamais morcelée. Tu n’en es pas responsable, je le sais. Mais te voir, penser à toi, est un rappel constant de ce naufrage et je n’ai pas la force de supporter ça. J’ai surtout trop peur de finir par te le reprocher et d’être horrible avec toi. Je t’aime, Jade. Infiniment et à jamais. C’est pour ça que je m’en vais. Je veux que, comme moi, tu gardes précieusement le souvenir de ces merveilleux moments partagés. Quoi que me réserve l’avenir, ils seront gravés en moi pour toujours.

Sois heureuse, tu le mérites. Tu rencontreras quelqu’un qui sera digne de toi et pourra t’apporter toute la tendresse, tout l’amour, que j’enfouis aujourd’hui dans les ténèbres de mon âme.

Ely

Ps : Si tu tiens un peu à moi, ne me cherche pas. Je ne supporterai pas un adieu en face à face. Et toi, non plus. Ne nous fais pas ça, STP. »

15 – PATIENCE

Sous le choc, je laisse couler mes larmes sans même les essuyer. Elle m’aime et elle m’abandonne. Comment vivre sans elle ? Elle me manque déjà tellement. Non, Ely, personne ne te remplacera. Je vais venir te chercher, tu comprendras, il le faut. Tu as besoin de moi comme j’ai besoin de toi. Tu ne peux pas renoncer à notre avenir si facilement. C’est juste impossible, intolérable, insupportable.

« Chaque fois que je pense à toi, je vois ma communauté à jamais morcelée. » Comment lutter contre ça ? Je suis, malgré moi, le symbole de leur malheur. Pas responsable mais coupable. Coupable d’avoir initié ce projet. De n’avoir pas su trouver une solution pour les reloger ensemble. J’ai lu entre les lignes ce qu’elle ne dit pas : si elle acceptait de vivre avec moi, la culpabilité la rongerait et la détruirait à petit feu.

Que puis-je faire ? Aller la chercher ? C’est contraire à sa volonté et voué à l’échec. Continuer sans elle ? Admettre l’intolérable ? Jamais ! Il y a forcément une troisième voie. Si tu as renoncé, Ely, moi je vais me battre. Pour toi, pour nous ! Personne ne se mettra entre toi et moi, je te le promets, même si tu ne peux pas m’entendre.

Je n’ai aucun doute : elle est la femme de ma vie. Un parfait coup de foudre ! Quelques jours de totale communion, malgré les obstacles environnants, ce n’est pas un hasard. Je refuse de renoncer à toi, à cet avenir qui nous tend les bras. Je t’aime aussi. Plus que ça, j’ai besoin de toi. De respirer ton parfum, de sentir le contact de ta peau, de te voir sourire. J’ai besoin de ce que tu es. Même de ta fureur, de tes accès de colère. Tout. Je veux tout de toi.

De rage, je boucle mes maigres bagages en trois secondes et demie. OK, d’abord tu te calmes. Inutile de prendre la Harley dans cet état. Tu ne peux pas te permettre de te tuer sur la route. Pense à Bastien. La pression redescend immédiatement. Ne reste que cette résolution : tout faire pour la récupérer. Je reviendrai.

*

Six mois pile ! C’est le temps qu’il m’aura fallu pour revenir dans ce village où j’ai connu le paradis et l’enfer en quelques jours. Mes sentiments pour Elysia n’ont fait que croître pendant cette période. Je n’en peux plus de vivre sans elle. Toutes mes pensées, mes actions pendant ce long intermède n’ont eu qu’un but : me ramener ici avec les moyens de la convaincre. Comme je suis pressée de savourer sa réaction ! Enfin… il est possible qu’elle commence par m’engueuler en bonne et due forme… Peu importe, l’essentiel est ailleurs.

Marina, ma récente alliée, adjointe au maire actuel mais opposante déclarée, m’a fourni sa nouvelle adresse, non sans avoir un peu rechigné. J’arrive donc dans la localité où Ely et les siens se sont installés à contrecœur. L’océan doit leur manquer… Le GPS me mène devant une barre d’immeuble pas très sexy. L’endroit est assez glauque en fait et ma Harley suscite des convoitises. Les regards mauvais que je récolte ne me rassurent pas non plus. J’hésite à repartir illico. Me présenter accompagnée et en voiture blindée me paraît plus approprié tout d’un coup.

— Hey, Jade ! Tu t’es perdue ?

Soulagée, je reconnais le gamin qui m’avait dirigé vers Ely et la cabane de l’océan.

— Je viens vous voir.

Il est hilare !

— Ouais, enfin, surtout ma sœur, hein ?

Sa sœur ? Je réalise qu’elle est restée très discrète sur plein de choses.

— Aussi. Comment ça se passe pour vous ?

Là, il ne rit plus du tout.

— Pas super bien. La racaille du coin essaie de nous faire la misère. Mais on est fort, hein, on ne les laisse pas faire !

Dépitée ! Non seulement ils ne sont plus que trois familles ici mais leur vie est pire qu’avant. Je pose ma main sur son épaule en guise de réconfort. Il ne doit pas avoir quinze ans.

— Ely est là-haut. Tu me suis ? Pierrot et les autres vont surveiller ton bolide. T’inquiète pas.

Je lui emboîte le pas. Il appelle sa troupe et lui assigne sa mission. J’espère qu’il n’y aura pas de grabuge. Hésitant, il s’arrête au pied de l’escalier et l’anxiété colore sa voix :

— T’as intérêt à être convaincante, cette fois, hein.

— Comment ça ?

— Ely, elle… elle dépérit depuis que tu es partie. Tu lui manques.

Troublée, je me contente de hocher la tête. Il me demande de prendre soin de sa sœur mais il sait très bien qu’ils ont besoin d’elle ici. Et de toute façon, elle refusera de les abandonner. Mais oui, j’ai intérêt à trouver les bons mots, les arguments imparables pour qu’elle me fasse confiance. Comment va-t-elle réagir en me voyant ? Le stress monte d’un cran à chaque marche. Eden entre sans frapper et me fait signe de passer dans la pièce de gauche. Ely et sa grand-mère ont posé leur regard sur moi en même temps. Je les salue de la tête, tout en me forçant à ne pas dévorer des yeux l’amour de ma vie. Avec un sourire malicieux, la matriarche prend les devants :

— Allez, viens, Eden. Je crois que Lina a besoin de nous.

Ils disparaissent et nous nous retrouvons seules. Tournée vers la fenêtre, bras croisés, une épaule négligemment appuyée contre le mur, elle semble fascinée par le paysage urbain qui les entoure. Mue par je ne sais quel instinct, je laisse mon sac bandoulière au sol, m’approche et me colle à son dos. Elle ne bouge pas. Je l’enlace et elle pose ses mains sur les miennes. Tout son corps se détend contre le mien. Une voix enrouée vient confirmer ses bonnes dispositions d’esprit :

— Tu m’as manqué.

— Toi aussi. Je ne peux pas vivre sans toi.

— J’ai cru que tu m’avais oubliée.

Je lui fais face à présent :

— Jamais ! Il me fallait du temps pour revenir vers toi avec des arguments imparables. Enfin, surtout un.

Une lueur malicieuse réveille son humeur :

— Lequel ?

— Je pourrais te dire que c’est celui-ci…

Je caresse sa joue du pouce.

— … ou celui-là…

16 – TOUT OU PRESQUE

Je pose mes lèvres sur les siennes et mon cœur explose de bonheur quand elle me répond avec passion, sans retenue aucune. Tous mes doutes s’envolent et je suis prête à renverser des montagnes. À bout de souffle, les yeux dans les yeux, nous nous abreuvons l’une de l’autre après cette traversée du désert. Les mots sont inutiles. Elle rompt pourtant le silence confortable qui nous entoure et nous isole du monde comme un cocon douillet :

— J’ai une folle envie de te déshabiller !

— Et si ta grand-mère revient ?

— C’est bien le problème…

Je la prends par la main et me dirige vers la porte pour récupérer mon sac :

— J’ai un présent pour toi.

— Tu es le seul cadeau que je veux.

— Je te promets que, celui-là, tu ne le refuseras pas.

Je sors une feuille A3 pliée en deux et l’étale sur la table. Elle peut alors voir le plan d’une résidence avec trois petits immeubles posés devant l’océan. Sa main caresse la partie qui représente l’eau et elle demande :

— Ton prochain projet ?

— Mieux que ça. J’ai chipé un immense terrain au maire et je vais pouvoir y bâtir des appartements à loyer modéré où vous pourrez tous vous installer.

Son regard me dit clairement qu’elle n’ose y croire :

— C’est un beau programme mais…

— Tout est bouclé, Ely. J’ai le foncier, le financement. Le projet précédent s’est super bien vendu. J’ai fait en sorte que notre ennemi y perde ses bonus et je les ai récupérés.

— C’est légal ?

— Le montage flirtait avec un délit de corruption et je ne l’avais pas signé. J’ai mis mon veto et personne ne peut contester. Il est coincé.

— Et tu as vraiment le terrain ? Comment tu as fait ?

— J’ai des relations, madame ! Son adjointe espère prendre sa place et elle a besoin de soutien pour sa campagne. Elle m’a filé l’info. J’ai pris contact avec la propriétaire et elle a adoré mon projet. Elle a divisé son prix par deux.

— Pourquoi ?

— Elle ne l’a pas dit. Mais j’imagine que son héritier l’a obligée à vendre. Elle a voulu lui jouer un mauvais tour. Tout est en règle, devant notaire et avocat, avec certificat médical concernant sa bonne santé mentale et l’absence d’abus de faiblesse.

— Tu as pensé à tout !

— J’espère. C’est mon métier ! Il ne reste qu’un détail à décider.

— Lequel ?

— Je nous ai réservé un appartement. Accepteras-tu de t’y installer avec moi ?

— Et ta vie à Saintes ?

— Elle va déménager aussi d’ici quelques mois.

Elle ne m’a pas répondu, en fait. Une pointe de stress se fait jour de nouveau. Me lâche pas, Ely ! Elle se mord les lèvres et son regard pétille. Je me détends un peu et la relance :

— Alors ? Tu es partante pour le voyage ? Toi et moi en couple, on peut dire que c’est une sacrée aventure, non ?

— Je suis toujours un boulet, tu sais.

— Pas du tout. Tu as une vie devant toi pour faire ce qui te plaît. Tu pourras suivre un cursus, si tu le souhaites. Je veux que tu t’épanouisses, sans souci matériel. On ne vivra pas dans le luxe mais pas dans la pauvreté non plus.

Elle m’entraîne dans une petite pièce à côté. Vu le lit qui occupe la moitié de l’espace presque, je suppose que c’est sa chambre. Je la plaque contre la porte pour un baiser incandescent. Elle glisse ses mains sous ma chemise et caresse mon dos, mes flancs. Brutalement, elle rompt l’échange et, à bout de souffle, elle lutte pour reprendre le fil de ses pensées :

— Attends…

Amusée, je ne me décolle pourtant pas de son corps. Il m’a trop manqué.

— J’ai quelque chose à te montrer.

  1. Elle a l’air sérieuse d’un coup. Elle m’abandonne pour sortir, d’un placard, un grand carnet… de dessin, je dirais.

— Promets-moi que tu seras sincère, Jade. C’est important pour moi. Ce sont des croquis qui datent un peu. La peinture, les crayons, tout cela coûte cher et depuis quelque temps, je ne peux plus.

L’instant est capital. Cela va-t-il me plaire ? Elle ouvre lentement la page de garde et c’est une explosion de couleur et de formes géométriques qui me donnent un sourire béat.

— C’est magnifique, Ely. J’y vois de la vie, de la joie. Un formidable coup de pinceau.

— Euh… de crayon, alors.

Sa crispation a laissé la place à un visage heureux. Encore une petite hésitation en tournant le feuillet. Cette fois, c’est plus abstrait mais toujours très vivant, dynamique.

— Je ne suis pas une artiste. Je n’ai pas les mots pour te dire ce que je ressens. Ce qui est sûr, c’est que j’aime vraiment beaucoup et je ne serai pas la seule. Tu peux évidemment prendre des cours mais je ne suis pas convaincue que tu en aies besoin. D’abord, on te fournit les toiles, les pinceaux, la peinture, ensuite tu crées et enfin tu exposes.

Elle éclate de rire et son sourire moqueur cache son soulagement :

— Tu es adorable. Il faudrait déjà que des professionnels apprécient autant que toi. Et puis, ça demande beaucoup d’œuvres, dans tous les cas.

— Ça viendra. L’argent n’est plus un souci, tu auras tout le matériel et l’espace nécessaires. Je vais faire modifier les plans pour que tu aies un atelier.

— Tu es folle !

— Folle de toi, oui. Mais ton talent est évident. Et même si, un jour, on est plus ensemble, je te soutiendrai tant que tu en auras besoin.

Son sourcil levé traduit sa perplexité :

— Pourquoi on se séparerait ? Je veux dire… J’imagine bien que ça peut arriver mais pourquoi le mentionner maintenant ?

Je ne savais comment aborder le sujet mais me voilà au pied du mur :

— Parce qu’il y a une partie importante de ma vie dont je ne t’ai pas encore parlé.

— Comment ça ?

— Habille-toi pour sortir. J’ai deux personnes à te présenter.

Les yeux plissés, elle se demande si je me moque d’elle, j’en suis sûre. Ou si elle doit me questionner. Elle finit par hocher la tête et prendre une veste posée sur une chaise. J’y vois comme une énorme preuve de confiance et j’en suis toute retournée. J’espère que tout va bien se passer.

17 - BASTIEN

Je suis un peu inquiète. Ely n’a posé aucune question. Je gare la moto devant l’hôtel et nous descendons. Le sourire qu’elle me destine est confiant. Je n’y décèle pas la moindre trace de contrariété ou de stress.

— Ne fais pas cette tête, Jade. Je suis sûre que tu me réserves une excellente surprise.

Hum… Pour une surprise… Et j’espère effectivement qu’elle sera bonne. Main dans la main, nous traversons le hall au pas de charge. Je me réjouis d’être seule avec elle dans l’ascenseur quand des doigts empêchent sa fermeture, au dernier moment. Un couple d’une soixantaine d’années, très guindé, nous examine de la tête au pied. Le regard noir de la vieille dame nous rapproche un peu plus : nos mains enlacées la dérangent visiblement. Ely a posé son abondante chevelure sur mon épaule et le miroir en face me renvoie son sourire. L’intruse nous ignore à présent, lèvres pincées, avec un rictus de dégoût. L’ascenseur s’arrête et je décide d’en rajouter une couche, par pure provocation :

— Tu viens, ma chérie ?

— Oh, oui ! J’adore les après-midis crapuleux !

Elle ponctue sa phrase d’un clin d’œil égrillard. C’en est trop : notre ennemie déclarée frôle la crise cardiaque. Nous fuyons dans un grand éclat de rire. La tension refait pourtant bien vite son apparition. C’est l’heure de vérité. Impossible de retarder mon destin : la carte est encore dans ma poche que la porte s’ouvre toute seule !

— Mamannnnnn !

Mon bout de chou me saute dans les bras avant que j’aie le temps de dire ouf ! Comme d’habitude, je ne peux m’empêcher de passer la main dans ses cheveux et de replacer un épi rebelle. Enfin, j’essaie en tout cas. Il me couvre le visage de bisous dès qu’il est à hauteur. Puis, d’un coup, il se retourne vers Ely :

— T’es qui, toi ?

— Tu dis bonjour, Bastien. Mon amie s’appelle Ely. On en a discuté, tu te souviens.

Il la scrute avec intérêt alors qu’Ely lui sourit avec un plaisir évident :

— Bonjour, Bastien. Je suis ravie de te rencontrer. Ta maman m’a beaucoup parlé de toi.

— Et de Kari, aussi ?

Flûte, je l’ai complètement oubliée ! Avec un air contrit, je la présente :

— Ely, voici Karine, une amie et la nounou de Bastien.

Elles se saluent timidement mais sans animosité. Ely se pince les lèvres pour éviter de sortir une réplique bien mordante. Sans Bastien, nul doute qu’elle se serait exprimée.

— On allait barboter, vous venez avec nous ?

— Oui, maman ! Piscine !

Je le pose par terre et je m’en veux de doucher son enthousiasme :

— Écoute mon chéri, tu vas y aller avec Karine et, Ely et moi, on arrivera dans un petit moment.

— Pourquoi ? Je suis sûr qu’Ely a chaud aussi. Hein, dis !

Elle s’agenouille à sa hauteur et lui répond :

— On n’a pas nos maillots, mon bonhomme. Et on doit discuter un peu avec ta maman. Après, on vous rejoint et on ira marcher dans l’océan, tu veux ?

— C’est quoi, le céan ?

— L’océan, une très, très, grande piscine tout près d’ici. D’accord ?

Sérieux comme un pape, il acquiesce avec un mot qu’il n’utilise pas d’habitude :

— D’accord !

Il prend sa nounou par la main et l’emporte avec détermination vers son objectif du moment. Avec un sourire moqueur, Karine m’interpelle à voix haute :

— Tu n’oublieras pas de dire à ton amie que je suis hétéro, n’est-ce pas ?

Son clin d’œil s’adresse plus à Ely qu’à moi. Nous n’avons pas le temps de lui répondre qu’ils sont déjà loin. J’entraîne Ely dans la suite. La porte refermée sur nous, elle se love contre moi et traduit le fond de ma pensée :

— Tu as pris un gros risque, quand même.

— Bastien ou Karine ?

— Tu ne manques pas d’air ! Les deux, figure-toi. Tu as de la chance que ton fils soit aussi craquant que sa mère.

La crainte qui ternissait quelque peu mon bonheur vient de s’envoler.

— Tu es toujours d’accord pour qu’on forme une famille, alors ?

— Je te veux, tout entière. Et Bastien est une partie de toi. Il est hors de question de t’en priver.

— Tu es adorable, tu sais. Je te promets une vie de douceur et d’amour. Jusqu’à la fin des temps.

Ses deux mains sur mes joues, elle s’approche de mon visage et s’empare de mes lèvres avec une infinie délicatesse. Mon désir me submerge. Trop d’envie, trop de bonheur, comme si mon cœur allait exploser. Je commence à défaire les boutons de sa chemise. Sans la moindre hésitation, elle emprisonne mes doigts dans les siens et murmure à mon oreille :

— Tu vas devoir patienter, ma chérie. Nous sommes attendues.

— Tu n’es pas sérieuse, là ?

— Oh, si ! Ce sera ton châtiment pour tes petites cachotteries.

— Tu es punie aussi, j’ai l’impression !

— J’avoue. Mais j’ai promis !

Tiraillée entre nos désirs et le bonheur de la voir réagir ainsi, accepter de si bon cœur mon bébé d’amour, je me mords la lèvre avec gourmandise :

— On pourrait les faire attendre un tout petit peu.

— No way[1], darling !

Une chose est sûre, je ne vais pas m’ennuyer avec une telle personnalité. Et je m’en délecte d’avance !

 

 

 

FIN

 

[1] Pas question, ma chérie !

 

Le mot de la fin :

 

Tout d’abord, un grand merci à vous, lecteurs/lectrices, d’avoir donné vie à mes personnages à travers votre lecture !

Si vous avez aimé cette nouvelle, n’hésitez pas à me le faire savoir sur mon adresse mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. J’adore prendre connaissance de vos ressentis sur l’histoire, sur les protagonistes, sur ce qui rentre en résonance avec votre propre réalité ! Une nouvelle fois, merci infiniment, si vous prenez le temps de le faire.

Petite confidence : j’ai déjà eu de nombreux retours sur mes romans et nouvelles. Pourquoi ? Parce que, souvent, mes héroïnes brisent leurs chaînes en portant des valeurs fortes. Elles vous envoient un message puissant : chacun de nous peut changer ce qui ne va pas dans sa vie, à n’importe quel âge, à n’importe quel moment !

 

Vous avez aimé cette nouvelle ? Vous en voulez plus ? Mon nouveau roman s’appelle « Protection Rapprochée » et il est disponible sur le site d’Homoromance Éditions et sur toutes les plateformes de vente. Vous pouvez aussi me commander une version brochée dédicacée (CLIQUEZ ICI pour tous les liens d’achat).

« Protection Rapprochée », c’est l’histoire trépidante de la toute jeune chanteuse du groupe Obsidian, Megan. Sa vie est menacée et Xandra est envoyée pour la protéger. Un « Bodyguard » FF ? Ça y ressemble mais… pas complètement ! 
Et, comme j’adore faire des cadeaux, voici les quatre premiers chapitres de « Protection Rapprochée » (CLIQUEZ ICI).

Enfin, vous pouvez également trouver des informations sur mon site web www.alexandra-mac-kargan.com et vous laisser tenter par un autre roman !

 

À très bientôt !

 

 

Remerciements :

 

À toutes celles et tous ceux qui me suivent depuis mes débuts en 2017, à ceux/celles arrivé(e)s un peu plus tard, ou qui nous rejoignent aujourd’hui, je voudrais avec une grande sincérité vous remercier. C’est vous qui m’avez permis d’atteindre mon rêve quand tout le monde me disait que c’était impossible : vivre de ma plume ! M’éclater en inventant des histoires, en les publiant et en les partageant avec le plus grand nombre.

Parce que oui, l’écriture et la lecture sont un partage, entre l’auteure et son lectorat : d’expérience, de philosophie, d’énergie. On a tous un Graal à aller chercher, la littérature peut nous y aider, par les valeurs qu’elle véhicule.

Un merci tout spécial enfin à celles qui sont venues discuter avec moi sur leurs ressentis et surtout sur les avancées que mes romans leur ont permis de faire dans leurs réflexions, leurs projets et dans leur vie. Vous êtes formidables !

Je n’oublie pas non plus toutes les auteures plus expérimentées qui ont encouragé ma progression, grâce à nos échanges fructueux. Elles se reconnaîtront. Un grand coup de chapeau ensuite à mes alphas et bêta-lectrices pour leur immense et minutieux travail !

 

Qui suis-je ? :

 

À l’aube de la cinquantaine, après une déconvenue cuisante qui a fracassé ma carrière professionnelle et mes finances, mes tentatives de rebond étaient vouées à l’échec : CV atypique, passion non rentable, trop âgée. Et cerise sur le gâteau : une femme dans un monde d’hommes !

La voie classique ne me convenait pas et était même contraire à mes valeurs. Pourtant, mes doutes m’empêchaient de me lancer : pourquoi des inconnus me liraient ? Pourquoi un éditeur me ferait-il confiance ? Comment me sortir de cette situation insupportable ?

Et puis un jour, j’ai réalisé que je n’avais plus rien à perdre. Alors j’ai lâché prise. J’ai écrit Revenge d’une traite, sans me poser la moindre question, simplement en me faisant plaisir. Et comble de l’audace, je l’ai envoyé à un éditeur qui l’a accepté ! J’ai compris que je devais suivre mon instinct en mettant à profit toute l’expérience acquise : j’ai continué à coucher mes histoires « sur le clavier », tout en me formant pour m’améliorer. Quand on assouvit une passion, il devient facile d’avancer avec enthousiasme, surtout lorsqu’on constate ses progrès.

J’ai découvert ainsi le plus puissant des carburants : être en phase avec ses désirs profonds. J’en ai tiré une philosophie de vie positive et motrice de mes actions : m’écouter, ne jamais abandonner, se relever pour perfectionner ce qui n’a pas marché, consolider ce qui fonctionne. Être toujours en mouvement.

Aujourd’hui, je souris à ma nouvelle vie et je veux transmettre cette force, cette capacité à avancer sur sa voie personnelle. Mes récits et mes héroïnes illustrent ces valeurs et donnent à nombre de mes lectrices des armes pour rebondir dans leur propre existence : remise en cause, formation, changement. N’oubliez pas : toujours rester en mouvement !

 

 

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