Extrait "fantôme" !
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Pourquoi "fantôme" ?

 

L'écriture de "Parce que c'est toi" a été un peu (beaucoup !) chaotique.

En plein confinement, il m'a été difficile de me concentrer sur l'écriture, comme pour nombre d'auteurs, nous avons pu le constater. Cela peut paraitre bizarre puisque nous avons eu plus de temps. Cependant pour écrire il faut arriver à vider son cerveau des problématiques quotidiennes. Et là... c'était juste impossible !

Le deuxième motif de perturbation, et non des moindres, fut un sentiment d'écrire à reculons. J'ai mis du temps à comprendre qu'il n'y avait pas que le Covid. Tout simplement, j'étais partie sur une mauvaise base. Je voulais une romance pure et à 20 000 mots, mes héroïnes n'était toujours pas en contact ! Le constat étant fait, une seule solution : tout jeter et recommencer.

Aujourd'hui, je vous propose donc de découvrir un extrait qui n'est pas dans le texte final, tout simplement parce que trop loin de la rencontre de Jordan et Angie.

Extrait : une autre rencontre !

 

"Facebook est mon ami ! À la recherche de personnes qui pourraient m’intéresser, je suis tombée sur une publication d’un chenil de la région. Et ce fut comme une illumination ! Un chiot, c’est vraiment le compagnon idéal. Sur le coup, cela me paraissait fou mais après une heure de réflexion et recherche, j’en suis sûre, c’est le bon plan pour dynamiter ma vie plan-plan ! Le temps de m’équiper et me voilà devant leur porte. J’espère que je n’ai rien oublié : un panier, des croquettes, un harnais, des gamelles, des pâtés, des friandises, des anti-puces en pipettes et vermifuge. J’ai également ciblé une clinique véto au cas où. Il ne me manque plus que le chiot ! Le temps de me garer et me voilà prête à prendre la décision la plus importante de ma vie. Excitation et nervosité se partagent mon cœur. Je n’ai pas d’enfants et n’en ai jamais voulu. Pourtant, un animal, c’est au moins autant de responsabilités. À peine la portière ouverte, j’entends les aboiements ! Haut les cœurs ! Il s’agit de faire un heureux... et de mettre un peu d’animation dans ma vie par la même occasion. Cela ressemble à un coup de tête mais pas vraiment, en fait. Je n’ai quasiment pas de souvenir avant l’accident et pourtant je suis persuadée que j’ai toujours voulu un animal. Il est temps de prendre mon courage à deux mains et d’assumer cette envie devenue subitement incontournable.
Je n’ai pas choisi ce chenil par hasard. Il a une bonne réputation et les animaux y sont bien traités : de grandes cages à disposition et des bénévoles pour s’occuper d’eux et les balader. Situé en pleine campagne, il bénéficie d’un espace confortable avec des espaces verts idéaux pour les quatre pattes : du gazon et arbres pour passer quelques heures hors des grandes cages, profiter d’un peu d’exercice, de soleil et d’ombre quand c’est nécessaire. Au bout de l’allée principale, un bâtiment avec son panneau « Accueil » me rappelle à l’ordre : ne pas me laisser distraire par les appels de quelques poilus en manque d’attention avant d’avoir constitué un dossier. Nous sommes en semaine, cela ne devrait pas être très long.
J’ai dû me rendre à l’évidence, le local est désert. Je ressors et commence à faire le tour des enclos. Certains chiens se pressent devant la grille pour attirer mon attention, d’autres me suivent du regard d’un air méfiant. La plupart des chats m’ignorent et vaquent tranquillement à leurs « occupations » : siestes, toilettes ou papouilles avec les congénères. Au moins, même s’ils manquent sans doute de présence humaine, ils ont l’air en bonne santé et pas malheureux.
— Bonjour. Je m’appelle Mélanie. Je peux vous aider ?
Je n’ai pas entendu arriver la petite blonde entre deux âges qui m’a abordée avec un sourire que je qualifierais de sincère. Je détecte à tous les coups la fausse jovialité et les intentions malsaines. Dans mon métier, c’est une nécessité.
— Bonjour. Maître Jordan de Talers. Je cherche un chiot.
— Oh ! Tous nos animaux ont des provenances identifiées. Nous sommes parfaitement en règle.
— Je n’en doute pas. Ne vous inquiétez pas. Je suis ici à titre privé.
— Vous voulez adopter ?
— C’est ça !
— Oh d’accord ! Vous avez déjà fait un tour ? Vous avez des critères ?
— Pas spécialement. Je cherche un coup de cœur.
— D’accord.
Elle me fait signe de la suivre et nous nous arrêtons devant un enclos plus bruyant que les autres. Avec un passe, elle l’ouvre et une meute de chiots, joyeuse et disparate, se précipite vers elle. Nous peinons à entrer, ceux qui n’ont pu l’approcher ne tardent pas à venir faire connaissance. Certains avec méfiance, d’autres avec un enthousiasme débordant ! Elle s’assied à même le sol et je l’imite, après avoir vérifié que le gazon n’est pas souillé. Ce sont des chiots, il n’est pas exclu qu’ils ne soient pas complètement propres. Nous sommes vite submergées par une masse grouillante de poils léchouilleurs ! C’est une cohue sans nom. Pourtant, ils ne doivent pas être plus d’une dizaine, mais tellement hyperactifs que je ne sais plus où donner de la tête !
— Aïe !
Un bébé cocker plein d’enthousiasme vient de mordiller ma main de façon un peu trop appuyée. Il se fait tout petit pour se faire pardonner et se frotte contre ma jambe. Il finit sur le dos, au milieu de ses congénères qui n’hésitent pas à lui grimper dessus pour m’atteindre plus facilement. Je le caresse un peu pour le rassurer, puis je me relève tant bien que mal. Mes jambes sont prises d’assaut, illico presto. Pas facile de faire un choix dans ces conditions ! Alors que je m’apprêtais à sortir pour respirer un peu, mon œil s’arrête sur l’enclos suivant. Une boule toute noire, complètement recroquevillée dans un coin ! J’hésite à m’approcher. Il est peut-être malade ? Non, il serait en quarantaine dans ce cas. Là ; il est isolé mais il peut avoir des contacts avec les autres au travers du grillage. Il est plus grand que les autres.
— Mélanie ? Vous pouvez m’ouvrir l’enclos à côté ?
Elle me regarde avec des yeux ronds et ne semble pas vraiment partante. Elle ouvre la bouche et je sens poindre un refus plus qu’agacé. Finalement, elle ne dit rien et se lève. Je la suis avec précipitation. Pas question qu’elle change d’avis !
En quelques pas, dans le nouvel enclos, je le rejoins et m’agenouille près de lui. Aucune réaction. J’avance prudemment une main et la pose sur son dos. Un léger gémissement répond à mon geste. Je me retourne vers Mélanie :
— Il a un problème ?
— Il est fortement déprimé. Il a vécu quelques semaines dans une famille. Puis, ils nous l’ont amené.
— Pourquoi ?
— Des conneries comme d’habitude : pas propre, pas sage, pas obéissant, et j’en passe. C’est un chiot, il faut l’éduquer !
La petite dame s’énerve mais je la comprends. Son regard devient suspicieux.
— Vous avez déjà eu des chiens ?
— À vrai dire, je ne sais pas. Suite à un accident, j’ai perdu une grande partie de ma mémoire. Mais je suis consciente de ce que cela implique, des contraintes.
— Ouais... Blacky, maintenant, il est très méfiant. Il faudra du temps pour qu’il reprenne confiance. De toute façon, il décourage très vite les adoptants potentiels en les ignorant.
Son air de défi ne m’a pas échappé.
— Je dois retourner m’occuper des chatons. Vous restez ou vous sortez ?
Un peu brutale, la dame non ? On dirait que je lui pique son jouet. Bon... je suis mauvaise langue, elle s’inquiète pour le bout de chou, je suppose.
— Je vais rester un moment.
— Très bien. Je repasserai dans pas longtemps.
Il n’a pas bougé depuis le premier contact. Il reste blotti contre le mur, la tête tournée vers la paroi. Je m’allonge à quelques centimètres de lui. Tant pis pour mon pull blanc ! Ma main caresse doucement son dos, puis son flanc. Il tremblote sous ma main. Je ne sais pas si je dois le prendre dans mes bras ou attendre qu’il bouge tout seul. Sa respiration se calme petit à petit et il semble se détendre. Un œil inquiet se pose sur moi, un petit quart de seconde. Je continue à le caresser doucement et mine de rien, en s’étirant, il se rapproche de moi, millimètre après millimètre.
Combien de temps s’est écoulé ? Je ne saurais le dire. Subitement, il s’est vraiment tourné vers moi. Sa grosse tête s’est posée naturellement sur ma main qu’il a fini par léchouiller. Il est à présent blotti contre moi, comme s’il voulait s’incruster dans mes vêtements. Le sentir tout contre moi, si fort et si fragile à la fois, c’est une sensation indescriptible. Les larmes me montent aux yeux. Comment a-t-on pu l’abandonner ? Dès cet instant, je sais qu’il fait partie de ma vie, à jamais."

Extrait fantome de "Parce que c'est toi", Alexandra Mac Kargan, Homoromance Éditions 2020

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